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CRITIQUES

Jusqu’à la garde : Une explosion d’émotion – La Critique

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Jusqu'à la garde

Un premier long-métrage assumé

 

Jusqu’à la garde, est la première réalisation pour Xavier Legrand, du moins en format long. Après avoir triomphé avec son court métrage Avant que de tout perdre, il remet le couvert avec la même équipe. Léa Drucker et Denis Ménochet sont de retour dans les rôles principaux, pour notre plus grand plaisir.

Le film nous raconte l’histoire d’un couple en plein divorce. La principale préoccupation de cette séparation est la garde des deux enfants du couple. Julien 12 ans et Joséphine bientôt majeure n’ont qu’un seul désir, couper les ponts avec leur père. Une véritable crainte se fait sentir à l’égard de ce dernier. Est-elle justifiée ou est-ce une manipulation de la mère envers ses enfants ?

Le résultat nous donne un film ultra-réaliste, qui nous prend les tripes et le cœur sans nous lâcher. Un tour de force magistral.

 

Un réalisme convainquant

 

En choisissant le thème du divorce et de la garde partagée, Xavier Legrand prend de gros risques. Un thème pas évident à traiter et souvent au rendu décevant. Mais, dès la première séquence il nous met dans l’ambiance. Un soin tout particulier est apporté au réalisme et au naturel des scènes. L’aura du film est très troublante et nous donne l’impression de suivre un documentaire plus qu’une fiction. Le réalisateur a pour ambition de nous plonger littéralement au cœur de cette problématique. L’absence de musique, et l’amplification de certains bruitages contribuent à nous plonger dans l’atmosphère tendue et parfois suffocante de cette histoire.

Des choix très surprenants, qui donnent un résultat époustouflant. Jusqu’à la garde est un vrai drame français, une véritable marque de fabrique se fait sentir. Mais cela ne l’empêche pas d’être original. Le réalisateur jongle entre plusieurs styles. L’aspect quasi-documentaire par moments, puis de fortes scènes de tension dignes d’un bon thriller, puis des séquences plus profondes et très dramatiques. Un mélange habile qui donne naissance à un film hybride, très convaincant, qui nous fait vaciller entre crainte et compassion sans jamais faire redescendre la pression.

 

Jusqu'à la garde

Une mise en scène habile et innovante

 

Tout d’abord, la première séquence, qui oppose les deux avocats du couple. Dans cette scène, bien que le réalisme soit la première sensation qui nous marque, on sent aussi une mise en scène très théâtrale. Les avocats parlent et débâtent, pendant que les deux acteurs principaux restent stoïques. toutes les émotions passent par les visages et les expressions. Les traits tirés et le regard blafard de Léa viennent contrebalancer le visage froid et impénétrable de Denis. Un pur moment de doute, où le ping-pong verbal des deux avocats nous passionne et la retenue des acteurs nous fascine. Les seuls échanges entre les personnages principaux sont froids, rigides, concis. Une manière très stylisée de nous les présenter sous les faux-semblants et la langue de bois juridique.

Une autre séquence marquante vient cette fois-ci, de manière répétitive, pour marquer une montée en pression des personnages. Le réalisateur utilise une séquence de huis clos, dans la voiture, et joue sur l’atmosphère oppressante presque palpable à ce moment-là. Il utilise notamment “le bip” signalant qu’il faut mettre sa ceinture. Cet effet revient plusieurs fois tout au long du film, et marque la tension très forte entre le père et son fils. Le signal sonore devient de plus en plus fort, entêtant, et nous déboussole complètement. Encore une fois une idée ingénieuse de mise en scène.

Le moment le plus marquant reste la scène du test de grossesse. Cadrer uniquement les pieds, puis la boîte du test qui tombe au sol, le bruit de la commission sur la languette et au final le son des larmes. Une mise en scène minimaliste et très ingénieuse qui arrive à extraire toute la force d’une émotion sans la gâcher ni la rendre superflue… tout simplement magnifique.

 

Denis Ménochet, la bête du film

 

Le travail le plus fascinant sur ce film reste celui de la performance de Denis Ménochet. Même si les autres acteurs ne déméritent pas : Léa Drucker est superbe en femme terrorisée qui tente tant bien  que mal d’être forte pour ses enfants.  Le jeune Thomas Gioria est épatant par sa justesse et sa capacité à nous toucher. Mais c’est bien Denis Ménochet qui livre la meilleure performance du film.

Il incarne une sorte de force incroyable et indomptable. À la fois massif et impressionnant, il prend le cadre entier à lui seul, par moments. Denis Mènochet finit par ressembler à une bête sauvage qui nous fascine. On le sait dangereux, mais ses moments de faiblesse nous charment et nous donnent envie de l’apprivoiser. Notre cœur balance tout au long du film entre terreur et compassion. Une expérience unique, qui confirme le talent inouï de cet acteur formidable, bien trop rare dans le paysage audiovisuel français.

 

Un film prenant et perturbant

 

Jusqu’à la garde est tout bonnement excellent. Que ce soit par son originalité ou la force de son propos, le film à quelque chose à nous raconter et à nous transmettre. On ne peut qu’être touché par l’histoire et les émotions des personnages. Le réalisateur a une histoire à nous raconter, une fable très intéressante et à la fois très réaliste. Il nous fait réfléchir sur des faits-divers, des événements qui arrivent tous les jours, et qui parfois peuvent engendrer des drames horribles. Le tout sublimé par des prestations d’acteurs incroyables…

Jusqu’à la garde est un film à ne pas rater.

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