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EspritCine est allé à la rencontre de David et Stéphane Foenkinos ! Six ans après La Délicatesse, les deux frères reviennent en force avec leur comédie Jalouse.

 

“C’est surtout l’histoire d’une femme qui bascule dans le mal-être général”

 

Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Stéphane : « Le film était d’abord centré sur la jalousie mère/fille. Finalement, c’est un sujet assez tabou qui n’a pas été vraiment traité. Mais c’est surtout l’histoire d’une femme qui bascule dans le mal-être général. Si sa fille est la première victime, au fur et à mesure, c’est à son entourage que cela va s’étendre. C’est quelque chose d’incontrôlé, comme elle le dit, ce sont des « pulsions ». Le sujet était le mal-être, arrivé dans la vie de cette femme à un moment où elle voit le bonheur des autres et trouve ça insupportable. »

 

“Il était important que Jalouse ne soit pas caricatural.”

 

Parlez nous de Nathalie, cette femme en pleine crise de la cinquantaine qui devient véritablement jalouse…

Stéphane : « En effet, jalouse, c’est une manière d’aborder le film. C’est d’ailleurs assez fort pour qu’on donne ce titre au film ! Mais quand elle dit qu’elle n’est pas jalouse, d’une certaine manière, elle a raison : elle n’est pas QUE jalouse ! »

David : « On sent que c’est une femme forte, belle, qui aime dominer les choses. C’est vrai que c’est un moment de fragilité liée à ce que la société lui renvoie. Pour nous, ce qui était important était de ne pas être caricatural. Son ex-mari est avec une femme qui n’est pas forcément plus belle qu’elle, sa fille est sublime mais elle a une douceur, une fragilité… D’ailleurs elle vit très mal l’agressivité de sa mère.

Donc c’est plutôt Nathalie qui commence à tout mal voir et à mal prendre. Il y a un agacement général. Cette femme ne se supporte plus donc elle ne supporte plus les autres. C’est à la fois un sujet psychologique de la transformation d’une femme et à la fois la source d’une comédie. Portée par Karin Viard, Nathalie a ce tempérament qui fait qu’elle peut tout oser. Son histoire est un chemin vers l’épanouissement, vers le fait d’aller mieux. Finalement, on comprend la douleur de cette femme… Et la façon dont elle cherche à rattraper ses erreurs est très touchante. »

 

“Finalement, elle fait des choses qu’on pourrait tous faire”

 

Peut-on dire qu’elle est réellement méchante?

Stéphane : « Elle a un vrai problème de timing… Oui, parfois on est un peu horrifié de certaines scènes, surtout quand elle accumule. Mais ce qui était important pour nous c’était d’être réalistes. On ne voulait pas tomber dans du burlesque ou du sitcom. Pour l’identification, il fallait qu’on dise, « c’est possible ». Finalement, elle fait des choses qu’on pourrait tous faire. On a donc travaillé des scènes avec Karin pour trouver le bon dosage. Effectivement, pour pouvoir accepter et comprendre il fallait qu’on aille loin. Pour la comédie, il fallait qu’elle s’attaque à des gens sympathiques. Si elle s’attaquait à des gens épouvantables, cela ne serait pas grave, on ne lui en voudrait pas ! »

David : « Nathalie est dans l’incapacité de contrôler ce qu’elle dit et ce qu’elle pense. Elle agit par impulsion. Ce qu’elle traverse, on peut tous le ressentir à un moment. Elle perd sa capacité à réguler et à être une femme en société. Elle n’est plus capable d’être dans la mesure, prend tout mal et a une vision déformée de la réalité. Son environnement n’est pas malveillant, c’est elle qui crée cette agressivité et les conditions du conflit. Elle va être sa pire ennemie. »

Stéphane : « Elle manque d’amour, c’est aussi simple que ça. Et en même temps, elle se saborde. Elle ne se voit pas et est dans l’auto-destruction. »

David : « Ce qui nous intéressait, c’était aussi de voir comment elle allait recomposer tout ce qu’elle avait détruit. Il fallait qu’elle admette qu’elle allait mal. »

 

“Ce qui est agréable, c’est de nous surprendre et de surprendre le spectateur”

 

Le rôle de Nathalie a été composé et écrit pour Karin Viard. Pourquoi elle précisément ?

David : « Quand on a écrit le scénario, on espérait qu’elle allait dire oui. Karin, c’est un bonheur de vie et et quelqu’un qui a une énergie incroyable. Le rôle de Nathalie est un rôle complexe pour une actrice. D’une certaine manière elle va jusqu’à être antipathique. Je ne vois vraiment pas qui aurait pu le faire à part elle ! »

Stéphane : « C’est toujours le problème. J’ai fait 20 ans de casting et je conseillais toujours au metteur en scène de ne jamais écrire en pensant à quelqu’un au risque d’être très déçu. Évidemment, au moment où on écrit un scénario, on tombe dans le même piège ! Ce qui était formidable, c’est que Karin n’a pas peur de l’image. Elle est à 100 % dans son personnage, sans se donner d’excuse, et l’interprète pleinement. »

 

Qu’en est-il des personnages secondaires ?

David : « Nous voulions que tous les personnages secondaires aient une particularité. On devait les comprendre progressivement. »

Stéphane : « Ce qui est agréable, c’est de nous surprendre et de surprendre le spectateur en pensant qu’on est sur des chemins balisés. Ce qui n’est pas forcément le cas ! »

 

“Trouver l’actrice pour le rôle de Dara était un gros challenge”

 

Et Monique dans tout cela ?

David : Elle permet d’introduire une situation romanesque et amusante. Cette rencontre est très forte. Ce qui est important, c’est le moment où Nathalie se confie à cette femme. C’est le déclic qui lui permet d’aller mieux. »

Pourquoi avoir choisi de faire de la fille une danseuse ?

David : « Pour la force de l’image ! La grâce, l’évanescence… On a trouvé Dara à l’Opéra National de Bordeaux. Trouver l’actrice pour ce rôle était un gros challenge, de longs mois de castings. On voulait une vraie danseuse ! »

Stéphane : « Oui ! Ce n’était pas seulement être danseuse dans les scènes de danse.. Marcher, évoluer, se tenir, s’asseoir, c’est quelque chose qu’on ne peut pas fabriquer ! Il se trouve que Dara a arrêté la danse. Nous sommes arrivés à un moment où elle voulait faire une pause. »

 

“Nous sommes très complémentaires”

 

Comment avez-vous réussi à travailler ensemble ?

David : « Nous sommes très complémentaires. Si nous avons des désaccords, ce qui peut arriver, on les règle en amont. Le cinéma est un travail collectif. On ne peut pas se permettre d’arriver en désaccord sur un plateau. Réaliser un film est tellement long qu’une fois arrivés sur le plateau, cela fait déjà deux ou trois ans qu’on réfléchit à ce que l’on va faire. Le cinéma, c’est des milliers de détails, des heures et des heures de préparation. Donc on a des idées communes et précises. C’est notre deuxième film ensemble, on a appris de nos erreurs et on arrive avec plus d’assurance. »

Stéphane : « Cela se passe avec très peu de mots. Ça fonctionne, et c’est très agréable ! »

David : « On ne veut pas faire du cinéma pour faire du cinéma ! Pour faire un film, il faut forcément aimer son sujet. »

Retrouvez notre critique du film !

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