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INTERVIEW

LA PRIÈRE – Interview du réalisateur Cédric Kahn !

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L’équipe d’EspritCine a rencontré le réalisateur Cédric Kahn pour son film La Prière. Accompagné de ces deux scénaristes Fanny Burdino et Samuel Doux, il nous en dit plus sur la réalisation de son long-métrage.

Retrouvez la critique de La Prière sur EspritCine.fr !!

 

“ce n’est pas évident de parler de jeunes toxicomanes qui se soignent à la prière”

D’où est parti ce projet de film ?

Cédric Kahn : je leur ai parlé de cette idée sur ces toxicomanes qui se soignent avec la prière. L’idée les a emballée immédiatement. C’était un sujet qui m’intéressait beaucoup mais qui me terrorisait. Il a fallu que je travaille dessus, puis Fanny et Samuel m’ont encouragé.

Samuel Doux : Cédric avait cette idée de film mais il n’y allait pas. Du coup, avec Fanny quand on a reçu, nous avons eu une vision très nette d’un film possible. On a tout de suite exprimé ça à Cédric et c’est parti comme ça !

Cédric Kahn : L’idée de radicaliser le sujet est venu avec Fanny et Samuel. En tant que producteur, ce n’est pas évident de parler de jeunes toxicomanes qui se soignent à la prière, je pensais qu’il fallait le faire sans acteurs connus, Sylvie a été très enthousiaste. On s’est lancés dans l’aventure sans savoir avec quels moyens on réaliserait ce film.

 

“Toute la machine du cinéma est sollicitée”

 

Comment se sont passées les recherches sur ces centres, sur la religion ?

Cédric Kahn : alors, il y a eu plusieurs étapes. J’ai rencontré des anciens toxicomanes, qui sont aujourd’hui réinsérés dans une vie normale. Puis on a fait un travail plus approfondi qui consistait à aller dans ces communautés. Samuel s’y est collé en premier. J’avais un soucis en faisant le film : ne pas heurter les croyants car je ne le suis pas. Il y a un respect pour la religion : pas de moquerie, pas d’ironie. Mais peut-être qu’un « vrai » religieux aurait été plus critique. Dans notre film, il y a la prière, mais pas seulement. On retrouve des fondamentaux de la désintoxication, le travail sur la parole, sur le témoignage, sur la vie en groupe, sur le sevrage…on retrouve des points communs avec la désintoxication laïque.

 

Où avez-vous eu le plus de difficultés dans ce film ?

Cédric Kahn : Probablement…l’invisible. La scène du genou, je l’ai bien filmée mais ça a été compliqué. Toute la machine du cinéma est sollicitée. Le son, l’image, le ton, la durée du plan, la lumière, l’étalonnage… Mais voilà, c’était génial de se dire « je vais filmer l’invisible ».

Est-ce que le fait d’avoir filmer la foi, cette communauté, vous a fait porter un nouveau regard sur la spiritualité ?

Cédric Kahn : Non…en fait il me semble que je suis rentré avec le moins d’a priori possible. J’ai essayé de me laisser toucher. Disons que j’ai plutôt approfondi mes connaissances mais ça n’a pas changé mon rapport à la religion. Je continue de voir du mystique au mêmes endroits, ou au contraire de ne pas en voir.

 

“j’essaierai de ne plus pratiquer de fin ouverte, car au final on retrouve une forme de lâcheté d’opinion”

 

La fin est plutôt énigmatique…

Cédric Kahn : A l’avenir, j’essaierai de ne plus pratiquer de fin ouverte, car au final on retrouve une forme de lâcheté d’opinion. J’assume le choix du personnage, qui me parait être le bon, pas forcément pour moi. En tout cas, je suis content pour lui à la fin. En fait, ce qui détermine d’être réalisateur c’est d’assumer quelque chose. Je fais beaucoup d’entretiens avec les acteurs, mais dans le fond les vraies questions de choix dans le film sont toujours poser à moi, en tant que réalisateur.

Il y a eu un gros débat sur la fin du film que j’ai dû trancher. On a envisagé qu’il (Thomas) aille aux séminaires par exemple. On a envisagé de finir le film sans savoir, en laissant le spectateur imaginer la fin. Puisque le personnage est sans arrêt en position de choisir et d’induire sa vie, forcément la question du choix devait être débattue. Donc je l’ai tranchée… 

 

Vous ne vouliez pas prendre d’acteurs connus…?

Cédric Kahn : Je voulais des gens qui avaient peu tourné, et pour Damien Chapelle, on a eu une hésitation. Mais on a passé outre car on le trouvait vraiment fantastique pour le rôle. Hannah Schigulla, on l’a trouvée extraordinaire et pareil on s’est demandé si elle n’était pas trop connue pour le rôle, si ça n’allait pas casser la cohérence du film…Mais voilà, on avait l’idée de jouer avec des visages nouveaux.

 

« Thomas tombe vite amoureux d’elle ».

 

Sybille a beaucoup d’impact sur le personnage de Thomas mais finalement on la voit peu à l’écran. Pourquoi ce choix ?

Samuel Doux : Toute la ligne narrative sur la jeune Sybille est très particulière d’écriture. Pour faire court, c’est vraiment l’endroit où on croit au cinéma. Effectivement elle n’est pas très présente, c’est peut-être la moins incarnée au sens où on pourrait se dire « Thomas tombe vite amoureux d’elle ». Mais nous, on se dit que c’est un endroit où tout est possible. C’est une sorte de coup de force, coup de poker du film. L’amour arrive comme ça, vite et fort. C’est l’endroit de notre foi dans le cinéma. En réalité, on a pas le besoin de la voir plus. On a traitée Sybille un peu comme une figure, représentant l’amour. Donc ce qui nous intéressait c’était d’incarner le plus possible l’invisible : la foi et les liens. Elle est un peu le miracle de Thomas…

Cédric Kahn : A l’échelle du personnage, elle n’a pas beaucoup de scènes, mais peu de personnage en ont au tant qu’elle. Même Hannah Schigulla, qui est pourtant un personnage très important, elle a moins de scènes. L’ange gardien en a à peine plus. Mais effectivement, c’est un pari de scénario de raconter une chose aussi importante avec peu de scènes. Du coup pour les acteurs, c’est un grand rendez-vous. Sybille a que des scènes très importantes.

 

“Anthony Bajon a aussi dirigé cette histoire d’amour”

 

Fanny Burdino : Ce qui était formidable c’est que le choix d’Anthony Bajon a aussi dirigé cette histoire d’amour qui n’était pas forcément prévue au départ. Il a le bon âge mais en même temps il fait tellement jeune. Donc cette histoire d’amour a pris cette fraîcheur de cet âge là aussi… de la première histoire d’amour. Ainsi, Sybille (l’amour) n’avait pas besoin d’être beaucoup incarnée. Et puis..Thomas ne fera pas sa vie avec elle.

Cédric Kahn : Et dans le film, c’est juste la promesse d’une histoire d’amour. Cette fille lui donne de l’espérance, elle lui donne la force de retourner là-haut. En fait l’histoire d’amour entre eux va commencer après le film.

 

“L’idée c’était de créer un personnage qui n’avait pas d’histoire”

 

On ne sait pas grand chose de Thomas…

Samuel Doux : Ah…c’est l’autre grand pari du scénario. L’idée c’était de créer un personnage qui n’avait pas d’histoire. Au milieu du film, on a quand même des témoignages qui nous racontent des histoires de toxicomanes et finalement Thomas a la même histoire. On y a vraiment pensé avec Cédric, on voulait un personnage mystique, désincarné… et non lui mettre les deux pieds dans une histoire et le figer. On souhaitait que chacun puisse le remplir de sa propre humanité et empathie.

Cédric Kahn : Et puis…il revient presque de la mort pour aller vers la vie. C’est tellement fort comme enjeux que tout ce qu’on pouvait dire en plus sur lui devenait anecdotique. Ça suffisait à l’investir. En étant pas charger de son histoire, il pouvait en effet porter celle des autres. Finalement, quand il ne parle pas durant les témoignages, il est chargé de l’histoire des autres. C’est pour cela qu’il devient un peu un héros, un protagoniste. Il n’est pas seulement lui, il est tous les autres. C’est rarissime qu’il y ait aucune biographie personnage dans un scénario.

 

C’était un vrai travail collectif”

 

Le personnage d’Anthony, c’est ce qui a convaincu aux Berlinales ?

Samuel Doux: C’est d’autant plus fou vu qu’il a eu le prix et qu’on l’a vu en direct.La salle s’est soulevée, à la conférence de presse aussi. Il est très émouvant lui. C’est l’histoire dans laquelle il est. Mais cette empathie ne fonctionne pas sur le scénario.

Cédric Kahn : Il a passé beaucoup d’essais parce que je voulais être sûr de le voir dans toutes les configurations du film. Le personnage est très grand, il va jouer la toxicomanie, puis le petit frère ensuite il devient le grand frère. Il y a eu beaucoup de scènes d’entraînements de chants entre les compagnons. C’était un vrai travail collectif.

 

“La responsabilité du film elle est sur moi et pas sur toi”

 

Et avant le tournage, il assume d’être la pierre triangulaire du film ?

Cédric Kahn : Il était extraordinaire pendant les essais et finalement pendant les premiers jours de tournage, il était très verrouillé et il était moins fort qu’aux essais. Mais c’est marrant parce qu’on dit que pour la direction d’acteur il faut foutre de la pression et finalement là le travail c’était de lui en enlever. De le libérer et de lui dire là c’est moi qui gère c’est pas toi. Toi tu dois être juste être sincère et faire les choses biens. La responsabilité du film elle est sur moi et pas sur toi. Quand on est avec de jeunes acteurs, des enfants ou des ados, c’est très important de faire passer ce message là. Moi quand je suis acteur je suis très fort pour me débarrasser de la pression. Je dis tout de suite au réalisateur que si je suis pas bon c’est ton problème.

Sylvie Pialat : C’est rare d’avoir un comédien si jeune et qui veut être acteur. Souvent, quand on fait une découverte comme ça, c’est quelqu’un d’un autre milieu. Et là il veut déjà l’être quand on le rencontre donc c’est une pression plus forte. Que quelqu’un comme trouve dans la rue comme ça et qui ne se rend pas compte de ce qu’il lui arrive.

 

Quand ils se rasent,  il y a une sorte de violence latente dans cette scène et pourtant il ne se passe rien. Pourquoi cette scène est aussi tendue ?

Cédric Kahn : Quand on réunit tous ses anciens toxicos ensemble, ils sortent tous de la violence. En plus il y’a plusieurs niveaux de violence : celle de la drogue et celle d’avant la drogue. Ils ont tous eu des trajectoires violentes. Ils sont tous ensemble dans une maison, c’est comme une cocotte minute. Donc l’effort, le travail, la discipline et la prière contient la violence. Mais elle est là, très présente.

 

“La nature raconte le temps qui passe”

 

Pourquoi avoir choisi la montagne ?

Cédric Kahn : C’est un personnage du film. La nature aussi après la montagne. J’avais la conviction que ce film  devait se passer à la montagne. Que les garçons devaient être isolés et qu’ils soient emprisonnés avec l’élément, très loin de la ville. Après pourquoi je pense que le film y répond. La maison est complètement anecdotique. C’est des corps et des visages dans la nature que l’on voit. Le fait qu’ils aient des montagnes devant et au dessus d’eux fait qu’ils ont la possibilité de s’élever.

 

Le fait d’avoir des saisons, il y a des coupures dans le tournage ? Avec les acteurs qui reviennent ?

Sylvie Pialat : Absolument. C’est des retrouvailles sans être des retrouvailles.

Cédric Kahn : C’est un luxe qui est nécessaire, quand la nature raconte le temps qui passe. Ce n’est pas que du contexte mais aussi du temps, qui sert à voir la réparation de ces jeunes gens. Puis on voit bien avec les témoignages que ce sont des années qu’ils leur faut. On avait besoin des saisons. On a eu deux blocs de tournage.

 

Retrouvez la critique de La Prière sur EspritCiné.fr !!

 

 

 

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