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INTERVIEW

LES GRANDS ESPRITS – Interview du réalisateur Olivier Ayache-Vidal

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A l’occasion de l’avant-première de son premier long métrage, nous sommes allés à la rencontre d’Olivier Ayache-Vidal à qui nous avons pu poser toutes nos questions. Accrochez-vous et découvrez tout ce que vous devez savoir sur Les Grands Esprits!

 

“Donner le goût d’apprendre, c’est ce que Les Grands Esprits raconte”

 

D’où vient votre titre ?

« Ce n’est pas moi qui ai trouvé le titre… Au début, le film s’appelait H4-9-3. C’était un jeu de mots que j’aimais bien. “H4” en référence au lycée Henri IV et “9-3” pour 93. Sauf que ce titre était un peu réducteur : tout le monde ne connaît pas la signification de H4. On a cherché beaucoup de titres mais je ne trouvais pas ce qui me plaisait. Un jour, on m’a proposé « Les Grands Esprits » et j’ai tout de suite accepté. Je trouve que ce titre élève le film. »

 

Quelle est votre vision de l’enseignement ?

« Pour moi, l’enseignant doit lui donner le goût d’apprendre. Éveiller l’enfant à la lumière et donc lui créer cette flamme et l’entretenir. Cette lumière est toujours là, il faut simplement la trouver et faire en sorte qu’elle grandisse, la protéger. Donner le goût d’apprendre, c’est ce que le film raconte à travers une comédie. »

 

“Avec Les Grands Esprits, j’espère participer au débat”

 

Justement, quel genre attribueriez-vous à votre film ?

« C’est une fiction documentée. Cela m’a permis de découvrir un univers, de m’enrichir. Je pose un regard vierge, comme quelqu’un qui arriverait dans cet univers là. En revanche, ce qui est vraiment important, c’est que les professionnels, ici de l’éducation, s’y retrouvent et ne se sentent pas trahis du tout.

J’espère participer au débat et que les gens le trouve intéressant. Je suis rentré en immersion dans le milieu. Je suis resté deux ans et demi dans le collège. Au delà de ça, on rit beaucoup et c’est ce qui me plaît : raconter une histoire touchante qui fait rire. Cette histoire s’y prêtait : je ne voulais pas montrer quelque chose de misérable. Même dans une situation compliquée, j’aime trouver ce qui va nous faire rire et la dédramatiser. Cela ne veut pas dire que l’on passe à côté de la profondeur des choses mais qu’on peut en parler sans s’appesantir sur les choses. »

 

“Les Misérables un roman aux problématiques extrêmement modernes”

 

Pourquoi avoir intégré Les Misérables de Victor Hugo dans votre scénario ?

« Ce choix était évident. Dans un premier temps, le livre est au programme de 4e. Mais en plus de cela, c’est un roman aux problématiques extrêmement modernes. Les misérables d’aujourd’hui, c’est peut-être ceux qui sont ghettoisés, renvoyés en banlieue. Toutes proportions gardées, bien sûr. Mais c’est aussi certaines conditions de vie. Il y avait un écho. C’est d’ailleurs comme ça que le professeur donne envie aux élèves de le lire. »

 

Denis Podalydès est parfait pour le rôle de ce professeur…

« J’avais vraiment envie que ce soit lui. Cela me semblait totalement cohérent et j’aime constituer un casting cohérent. C’était tellement logique que j’ai découvert après qu’il avait lui-même fait sa prépa à Henri IV et qu’il voulait devenir prof. Il peut avoir une dimension très drôle et être touchant à la fois. »

“Dans Les Grands Esprits, tout est écrit”

 

Tout au long du film, nous suivons l’évolution des personnages. Au début de l’histoire, vous filmez, caméra à l’épaule. L’image est tremblante. Peu à peu, elle est de plus en plus fixe, nette.

Était-ce un choix de mise en scène pour illustrer l’évolution des personnages ?

« Ce n’est pas réellement un choix de mise en scène. Quand on a tourné la première scène à Henri IV, nous étions vraiment très libres. On avait qu’une seule caméra et on filmait en mouvement. Pour un film comme celui là, je ne peux pas mettre une caméra fixe. Ce serait trop rigide. Quand on regarde, on bouge, ça recrée plus la vie. »

 

Y a-t-il eu plusieurs versions du scénario ?

« Oui ! J’ai fait énormément de versions du scénario. Au début, il y avait beaucoup de clichés, j’étais répétitif… Je ne m’en rendais pas forcément compte. Puis, en travaillant, en observant, j’ai commencé à gommer des choses, à changer. Il y a trois années de travail sur le scénario. Jusqu’au dernier jour de tournage, j’ai changé des choses ! C’est très structuré, tout est écrit. Il y a peu d’improvisation, sauf au début, dans la salle du lycée Henri IV. »

 

Votre travail d’immersion était-il un moyen de se différencier des autres réalisateurs de ce genre de film ?

« Non. Je ne me différencie pas, je ne me mets pas en comparaison. Je préfère ne pas voir de films qui traitent du sujet pour ne pas me laisser influencer. J’en ai vu, évidemment, mais la comparaison ne m’intéresse pas. C’est vraiment ma propre écriture. »

Les Grands Esprits est une comédie d’auteur”

 

Avec ce film, quel était votre objectif? Vouliez-vous plutôt divertir le spectateur ou était-ce une invitation au débat?

« Les deux, forcément. Divertir et débattre. On m’a dit que mon film est une comédie d’auteur. Le terme est juste. Ça parle d’un problème. Je ne suis pas arrivé avec un point de vue précis. Je suis arrivé en me disant « Voyons ce qu’il se passe ! ». Bien sur, je veux défendre ce que tout le monde veut défendre, la justice etc. Mais ce sont des grands thèmes, je ne me sens pas porte parole d’une conviction politique. Je raconte quelque chose avec de l’humour. »

 

François, vit une sorte d’histoire d’amour avec l’une de ses collègues. Pourquoi avoir intégré cet élément ?

« J’ai remarqué que beaucoup de professeurs se rencontraient au collège. Ils sont jeunes, ils ont 22, 23, 24 ans et ils forment des couples. C’est assez commun. Je voulais que le collège soit l’arène du film. Cela supposait que François n’ait pas de famille en dehors du collège. Plus tard, j’ai voulu lui faire rencontrer quelqu’un. Le personnage de Chloé est quelqu’un avec beaucoup d’idéaux. Sa rencontre avec son copain l’a un peu tirée vers le bas. Son discours la fait sombrer. François Foucault arrive avec son opinion mais sans pédagogie. Il lui permet de s’éveiller à nouveau. Mais l’enjeu n’était pas cette histoire d’amour. Je ne voulais pas que ce soit trop fleur bleue. C’est la vie ! »

Les Grands Esprits montre que le plus important est d’éveiller la curiosité”

 

Pensez-vous que les personnages ont une réelle perspective d’avenir?

« Bien sur, Seydou peut aller à Henri IV ! Un des élèves de cette classe est justement accepté à Louis Legrand. Une autre était aussi admissible à Henri IV. Bien entendu, comme dit dans le film, on ne peut pas tous les amener au Prix Nobel ! Mais je pense que le plus important est d’éveiller la curiosité et donner le goût d’apprendre. Je pense que quand on arrive à donner le goût des maths à un élève qui n’en a rien à faire, c’est totalement réussi. Ce n’est pas la peine de leur bourrer le crane mais de leur ouvrir l’esprit. »

 

Pensez-vous diffuser votre film dans les établissements scolaires ?

« Je pense que c’est indispensable. Si je peux le diffuser dans les lycées et ouvrir le débat entre les élèves et les professeurs, ce serait génial. J’aimerai que les élèves prennent conscience de la difficulté des professeurs, et inversement. »

 

Vous touchez un peu à tout (bande dessinée, photographie, documentaires,…). Quels sont vos projets ?

« Poursuivre dans le cinéma ! C’est ce que j’ai envie de faire depuis toujours. Tout mon parcours était cohérent : la photo était pour apprendre à cadrer, la BD pour apprendre un scénario, les docus pour se documenter… On va faire un deuxième film puis on verra ensuite ! C’est le cinéma qui me branche avant tout ! »

 

Découvrez le compte rendu de notre interview!

 

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