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CRITIQUES

Ghostland – L’horreur à la française – La Critique

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Les petites marionnettes

Dès l’annonce du projet, Ghostland nous intriguais déjà énormément. Un film d’horreur français, revenant aux sources de ce cinéma avec une maison hantée, des poupées, et en bonus Mylène Farmer dans un des rôles-titres. Autant dire que notre détecteur de “What the Fuck” était au bord de l’implosion. Finalement, le film n’est pas ce à quoi l’on pouvait s’attendre, mais nous surprend agréablement par bien des aspects.  Déjà sur l’importance de Mylène Farmer, qui se cantonne malheureusement à un second rôle, mais qui reste vraiment parfaite. La véritable surprise vient de l’histoire en elle-même, décousue haletante et imprévisible. On n’en attendait pas moins de la part de Pascal Laugier. Une des plus belles frayeurs de ce début d’année, à ne pas manquer… Enfin si vous l’osez.

Résumé : Pauline (Mylène Farmer) et ses deux filles héritent de la maison de leur défunte tante. Elles s’installent donc dans cet endroit étrange où elles comptent bien raviver leurs liens familiaux fragiles. Mais dès la première nuit, deux individus extrêmement violents pénètrent dans la maison et s’en prennent à elles. Toute la famille devra se battre pour survivre. Des années plus tard, le traumatisme hante encore Beth, l’une des deux jeunes filles. Tout se bouscule le jour où elle retourne auprès de sa sœur et sa mère dans cette maison qui a connu le pire… L’enfer n’est pas encore terminé.

GHOSTLAND

Crystal Reed à droite et Anastasia Phillips à gauche, viennent de découvrir une trappe et une poupée bien singulière.

Le french horreur show

Il est de notoriété publique que les types de films les plus représentés en France sont les comédies et les drames. Une idée reçue un peu fausse, car énormément de cinéastes indépendants ne se plient pas à cette règle. On peut cependant observer que ces dernières années, nous assistons à une recrudescence du cinéma de genre. Avec en tête de liste le cinéma d’horreur. Un mouvement déjà très populaire aux Etats-Unis, où certains réalisateurs font leurs armes sur ce genre. Mais pas seulement, car  l’Espagne ou encore l’Italie ont eu eux aussi leurs représentants horrifiques nationaux. Mais ce type de cinéma reste encore rare dans le paysage français…

Pourtant très pratique car demandant un faible budget la plupart du temps. Effectivement, le film demandera avant tout une atmosphère, ce qui laisse libre cours à l’imagination du réalisateur sans forcément avoir recours à un budget pharaonique, tout cela grâce à la peur. Le principal avantage de ce sentiment c’est qu’il vient avant tout de ce que nous ne voyons pas. Mis en évidence pour l’une des premières fois dans La Féline de Jacques Tourneur, la plupart des films d’horreur les plus réputés ont bien compris ce procédé. C’est dans l’imaginaire du public que se cache la plus puissante arme de l’épouvante. Bien réaliser un film d’horreur peut être bon marché et très efficace, un combo gagnant pour tout réalisateur en herbe.

C’est sur ce point précis que Ghostland est un bijou d’efficacité. Il revient à la base de ce qui a fait le succès de ce genre cinématographique, tout en l’incluant à son propre style. Une ingéniosité qui porte ses fruits et nous glace d’effrois.

GHOSTLAND

Les deux sœurs devront faire face à un traumatisme qui les hantera…

Laugier fait moi peur !!

Impossible de prendre Ghostland individuellement, tellement la filmographie de Pascal Laugier est linéaire et cohérente. On y retrouve, comme à son habitude, des personnages féminins forts, mais qui subissent de plein fouet la violence et la dureté de la réalité qui leur sont imposés. Mais cette fois-ci le réalisateur “se calme” un petit peu. Plus besoin de la violence exacerbé de Martyr, ici c’est un déchirement plus progressif, plus épart et surtout plus poétique qu’il nous offre. De là à dire que c’est le film de la maturité, il n’y a qu’un pas…

Ce qui est particulièrement bien réussi dans cette oeuvre c’est son rythme. La première séquence d’angoisse arrive avant les dix premières minutes. Un choc auquel nous ne sommes pas forcézment habitués. Puisque la plupart des films attendent bien le premier tiers avant de lâcher la sauce. Ghostland nous entraîne dans une cadence si effrénée que l’on se surprend à être essoufflé une fois la pression redescendue. Remettant au goût du jour la frayeur absolue, Pascal Laugier crée une oeuvre unique. Un croisement entre films d’auteur indépendants, “Slasher” oppressant et fantaisie psychologique. Ce tour de force fonctionne pour une bonne raison, il n’a pas peur de l’originalité et de la différence.

En reprenant le contre-exemple de Martyr, on se rend compte que la thématique principale du réalisateur est très certainement “la désillusion”. Un thème présent autant dans sa forme que dans son fond. Effectivement Ghostland devient dans sa seconde partie un nouveau film, différent de celui de la première partie. Une sorte de deux longs-métrages en un, réuni par le même fil conducteur. Un effet de style efficace et maîtrisé, sur lequel nous ne nous étendrons pas pour ne pas gâcher le suspense…

Pascal Laugier fait s’entrecroiser folie et horreur dans des séquences aussi belles qu’effrayantes.

Sans contrefaçon, je suis une actrice

Alors, soyons franc, l’un des atouts marketing principaux de Ghostland est la présence de Mylène Farmer. Mais bien qu’elle y soit tout à fait savoureuse, elle ne détient qu’un rôle secondaire. Mais l’image de son personnage hante la totalité du long-métrage. Sa présence requière plus de l’envie de retravailler avec Pascal Laugier après leur collaboration sur le clip City of Love. De plus oublié son tempérament de feu et son côté “show girl”, ici Mylène est douce et suave. On y découvre donc une nouvelle facette de cette personnalité qui nous charme par sa tendresse et son naturel.

Mais les autres actrices sont elles aussi formidables. Anastasia Phillips (Bomb Girls) et Crystal Reed (Teen Wolf) ont toutes deux dû jouer deux rôles différents. Comme 10 années séparent la première partie du film et la deuxième, elles ont d’abord dû jouer le rôle d’adolescente puis celle d’une adulte. N’ayant pas du tout évolué de la même manière après le traumatisme, seuls leur complicité et leur lien de sœur vont être intacte, ou plutôt va les ressouder. Un duo incroyable et vraiment crédible. Mais nous devons tout de même avouer notre petite préférence pour  Crystal Reed, qui nous subjugue autant par son jeu que par son charme. Une véritable révélation qui n’est pas sans nous rappeler l’interprétation d’Anya Taylor-Joy dans Split.

GHOSTLAND

Mylène Farmer, dans le rôle d’une mère douce et attentionnée, n’aurait peut-être pas dû se retourner…

Jumpscarise-moi

La principale critique qui pourrait être faite au film est sa présence répétée de “Jumpscare”. N’étant moi-même pas un grand amateur de cette technique, je dois reconnaître que son utilisation dans certains cas est diablement efficace. “Mais qu’est-ce qu’un “Jumscare” ?” Me direz-vous. Eh bien, jeune lecteur assoiffé de connaissance, c’est tout simplement la technique la plus utilisée dans les films d’horreur. Elle consiste plus à nous surprendre qu’à réellement nous effrayer. Que ce soit par une apparition soudaine ou une montée musicale brutale. Ce qui a pour conséquence de nous faire sursauter, plus que de nous faire peur.

En me remémorant mon premier traumatisme du “Jumpscare”, je me vois contraint de repenser à  The Grudge. La séquence du grenier, dont voici le lien pour les plus téméraires  d’entre vous, me hante encore aujourd’hui. Un style qui a fortement influencé le cinéma d’un autre génie de l’horreur, James Wan. Lui aussi a tendance à utiliser massivement cette technique, mais sa manière de faire est elle aussi très spéciale et très innovante. Pour les plus curieux d’entre vous, jeter un coup d’œil à la chaîne “Now You see me” . Ils vous expliqueront bien mieux que moi le fonctionnement d’un bon ou d’un mauvais “Jumpsacare”.

Pour en revenir à Pascal Laugier et à Ghostland, ici le “Jumpscare” est plus un effet de style qu’une fin en soi. Le sursaut nous arrive comme une conclusion logique. Après avoir créé une atmosphère flippante et une tension insoutenable, c’est l’explosion. Une formule efficace qui prend à contre-pied une fois de plus le style de Martyr. Là où son précédent long-métrage était effrayant par la violence et son ambiance constamment poisseuse, cette fois-ci c’est la montée en tension qui nous tétanise. Un nouveau tour de force réussi pour le réalisateur.

GHOSTLAND

L’effet stylistique et horrifique de Pascal Laugier est toujours aussi terrifiant.

Ghostland, un film important à voir

S’il ne fallait qu’un mot pour vous convaincre je dirais Poésie. Ou plutôt poésie horrifique. Car c’est la que la force de Ghostland réside, dans la beauté du macabre qu’il nous présente. Une peur encrée au fond de nous que l’on apprend peu à peu à dompter et même que l’on fini à apprécier. Devant ce film l’on prend plaisir et se faire peur et l’on est prêt à en redemander. Un sentiment qui nous fait du bien, et que le grand écran ne nous procure que trop rarement.

Alors trêve de parole, et foncez !!! Enfin si vous l’osez…

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