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A l’occasion de l’avant-première de C’EST TOUT POUR MOI, EspritCine est allé à la rencontre de Nawell Madani et de Mimoun Benabderrahmane. Réalisé par Nawell Madani et Ludovic Colbeau-Justin, il est à retrouver dans vos salles le 29 novembre 2017.

 

C’EST TOUT POUR MOI – “Je n’ai pas peur dans la vie.”

 

Vous êtes actrice et réalisatrice du film. Pourquoi avoir choisi de faire les deux ?

Nawell Madani : « J’ai écris le film. On cherchait un réal pour retranscrire ce que j’avais en tête. Au fur et à mesure des rencontres, j’ai vu que j’étais très exigeante. Je ne voulais pas tomber dans le cliché. Par exemple, je ne voulais pas un papa avec un accent. On aurait pensé que c’est juste un papa d’origine maghrébine qui bloque sa fille dans son émancipation.

Mon histoire est beaucoup plus universelle que ça. C’est juste l’histoire d’un père qui a peur de perdre sa fille puisqu’il a peur qu’elle se perde. Et elle se perd. Mais ça, ça n’a pas de culture. Ça n’a pas de convention, ni de tradition. C’est juste une histoire qui peut arriver dans n’importe quelle famille. Quand on avançait dans le travail sur le film, je voyais que j’étais très exigeante. J’ai donc proposé au frère du producteur, qui est chef opérateur depuis 20 ans, de m’accompagner et il a trouvé qu’il n’y avait qu’une personne comme moi pour porter ce film là. »

 

N’avez-vous pas eu peur de demander à François Berléand de jouer avec vous ?

Nawell Madani : « Pas du tout. Je n’ai pas peur dans la vie. Si je ne sais pas faire, je vais apprendre. Si ça me dépasse, je me fais accompagner. C’est pour ça que j’ai pris un chef opérateur. Pour qu’il soit au cadrage et à la lumière. Moi je me suis occupée de tout le reste : montage, mixage, casting, … »

 

C’EST TOUT POUR MOI – “J’ai puisé dans mon expérience”

 

Diriez-vous que le personnage de Lila est, en réalité, vous ?

Nawell Madani : « J’ai galéré pendant 12 ans. J’ai été brûlée au troisième degré à l’âge de 2 ans et demi… Mais ce n’est pas la même histoire. Ma mère est en vie. Elle a beaucoup compté dans ma vie. Je l’’ai enlevée du film puisque la dame qui devait jouer son rôle, je l’ai rencontrée pendant mes cours de théâtre. Elle était d’origine maghrébine. Cela m’a surprise de voir une femme d’une cinquantaine d’années pousser les portes d’un cours de théâtre. De là, on a commencé à discuter, on s’est liées d’amitié. On a commencé à travailler ensemble sur quelques scènes.

Je lui ai dit « Le jour où je réalise un film, je voudrais que tu joues ma mère. » Elle a accepté. Pendant environ 7 ans, on s’est suivies l’une et l’autre. Le jour où j’ai commencé la préparation de mon film, elle m’a annoncé qu’elle avait un cancer. Je me voyais mal caster une nouvelle femme. Le jour de mon clap de fin, elle est partie. Je lui rends d’ailleurs hommage avec ce film. Donc non, ce n’est pas mon histoire. Mais, forcément, il y a mon regard. J’ai écrit sur des événements que je maîtrisais au lieu de créer un événement artificiel. J’ai puisé dans mon expérience mais cela ne veut pas forcément dire que c’est mon histoire. »

 

C’EST TOUT POUR MOI – “Je voulais montrer que tout était possible”

 

Votre film, C’EST TOUT POUR MOI, retrace le parcours initiatique de Lila. Il s’agit d’un film plein d’espoir. Direz-vous que « Quand on veut, on peut » ?

Nawell Madani : « Oui ! Moi je viens de Belgique. Mon père est chauffeur de taxi, ma mère infirmière de nuit. Le théâtre, c’était loin de moi. Je n’avais jamais pris un cours de théâtre, j’avais du mal à m’exprimer. La danse m’a aidé à m’émanciper. Mais le théâtre, ce n’était pas gagné. Je me suis lancée de nouveaux challenges. Je voulais montrer, en partant d’une histoire comme la mienne, que tout était possible. La jeunesse d’aujourd’hui n’a, visiblement, plus le droit de rêver. »

 

“Il ne faut pas être gênés de raconter le succès.” – C’EST TOUT POUR MOI

 

Pourquoi dites-vous que la jeunesse « n’a plus le droit de rêver » ?

Nawell Madani : « Ça coûte cher de rêver. On est dans une société où on ne peut plus rêver. Il faut faire des études qui mènent à quelque chose. J’entends la façon dont on parle aux enfants dans les écoles. Et c’est très dur de vivre. On est obligé d’avoir 10 000 casquettes pour s’en sortir. Mais galérer, ça forge les caractères. Et c’est pas plus mal. Aujourd’hui, je suis actrice, réalisatrice, j’ai monté mon film, je touche à tout. Parce que j’ai galéré. Ça rend multi casquettes.

Mon père rêvait que je devienne avocate ou médecin. Mais c’est parce qu’il se demandait si je pouvais vivre de mes rêves. Il me demandait d’être plus lucide. Je connaissais le potentiel que j’avais. Finalement, mon père ne me connaissait pas. On a toujours cette crainte du regard des proches. On se livre plus facilement aux étrangers. Aujourd’hui, les étudiants ne croient pas en leur avenir alors qu’ils sont au début de leur vie. Il leur faut des exemples. Il ne faut pas être gênés de raconter le succès. Quand j’ai commencé à travailler, je donnais de l’argent à mes parents qui n’arrivaient pas à joindre les deux bouts. »

 

C’EST TOUT POUR MOI – “Je peux enfin vivre de ma passion”

 

Vous montrez aussi que le travail est nécessaire au travail d’humoriste…

Nawell Madani : « Oui. Mais c’est le cas dans tous les métiers. C’est juste que le stand-up, c’est la première fois qu’il est montré au grand écran. On a toujours du travail à fournir. Celui qui ne travaille pas se fait dépasser. J’ai été acharnée. J’ai commencé mon spectacle en 2014. En 2015, j’ai gagné le Globe de Cristal face à Gad Elmaleh et à Florence Foresti. 2016 : je faisais mes zéniths et mes palais des ports. Et en 2017 je sors mon DVD qui est n°1 en VOD, et mon film. Quand on m’a ouvert la porte, j’ai saisi l’opportunité. Je peux enfin vivre de ma passion. Je suis arrivée à Paris pour travailler et non pour m’amuser. C’est le travail qui paye. Tôt ou tard. »

 

C’EST TOUT POUR MOI – “On n’a eu que cinq semaines de tournage”

 

La majorité des acteurs du film sont amateurs…

Nawell Madani : « Oui. 80 % des acteurs sont amateurs. Je pense que la France veut voir de nouveaux visages. Aujourd’hui, on prouve avec Kaïra, Pattaya etc que ça fonctionne. Je pense que le public en a envie. Pour être dans une certaine véracité, il fallait que j’aille chercher des gens qui soient eux-même. Ils se sont défoncés avec moi sur le plateau. On n’a eu que cinq semaines de tournage. On tournait 7 minutes de film par jour. »

 

Le tournage a-t-il été difficile ?

Nawell Madani : « Oui. Je me suis occupée de mon stylisme puisqu’il n’y avait plus d’argent. Pour que le film garde son ADN, je n’ai pas été payée ».

 

C’EST TOUT POUR MOI – “On a beaucoup travaillé”

 

Racontez nous la rencontre avec Mimoun…

Nawell Madani : « Je cherchais un papa avec une soixantaine d’années qui puisse jouer mon père, qui parle un français impeccable et un dialecte algérien. Pendant ma tournée, je prenais des Uber. Quand je m’endormais, les chauffeurs me filmaient. J’ai dit qu’il fallait me trouver un chauffeur fidèle. Un de mes techniciens m’a conseillé son père que j’ai engagé.

Un jour, alors qu’il sortait mes valises de la voiture, je l’ai regardé et je me suis dit qu’il ferait « trop bien mon papa ». J’ai continué à chercher en parallèle. Mais soit les acteurs étaient trop jeunes, soit ils étaient trop petits. Et j’avais besoin de quelqu’un d’imposant. Je suis donc allée le voir en lui demandant s’il voulait jouer avec moi. Il m’a demandé « jouer à quoi ? »… Alors là je me suis dit qu’il allait y avoir beaucoup de travail. Au début il a refusé donc je suis passée par son fils qui l’a convaincu. On a beaucoup travaillé, c’était très compliqué ».

 

C’EST TOUT POUR MOI – “C’était la panique totale”

 

Mimoun, racontez nous ce que vous avez ressenti lors de votre première scène…

Mimoun Benabderrahmane : « C’était la panique totale. Je ne trouvais plus mes mots. Donc je me trouvais des excuses. Je disais qu’il fallait que je boive. C’était la panique. Au départ, quand je répétais, on était que tous les deux. Quand on était plus, c’était tous des amateurs donc je me disais qu’on était tous à égalité. Mais quand je me suis retrouvé sur le plateau…. Je vous garantie, qu’à ce moment là, vous n’êtes pas bien. J’ai dit que ça n’allait pas être possible. Elle m’a emmené en galère. Franchement, j’ai hésité et je me suis demandé ce que je faisais là. Au départ je ne voyais personne. Quand ça a été à moi, j’ai vu 250/350 personnes et les techniciens…”

 

Et maintenant ?

Mimoun Benabderrahmane : « Ça va mieux ! C’est sûr que Nawell a été derrière nous. En cinq semaines, c’est vrai que c’était difficile. Les conditions n’étaient pas bonnes, difficiles. j’avais des engagements, … Mais si ça n’allait pas, que je craquais, elle me disait de faire une pause. Malgré les délais à respecter. »

Nawell Madani : « Aujourd’hui, il n’a plus jamais récupéré sa voiture. Il a une agence, il fait des photos, etc. Avoir une nouvelle carrière à cet âge là… C’est tellement un message d’espoir. Même pour quelqu’un qui a envie d’abandonner. »

 

C’EST TOUT POUR MOI – “On rit, on pleure, parfois on fait les deux. C’est ça la vie.”

 

Pourquoi un film au fond assez triste ?

Nawell Madani : « Parce que les humoristes sont les plus grands clowns tristes. Derrière les bouts en train, ce sont des gens tristes. Ma vie a été comme ça. Des hauts, des bas, … Et on s’ouvre sur scène. C’est un exutoire. Ce sont des thèmes qu’on livre et qu’on résout sur scène. J’aime le passage du rire à l’émotion. On rit, on pleure, parfois on fait les deux. C’est ça la vie. On rit, on pleure, on récupère. Je veux montrer la vérité. Je ne veux pas faire semblant. Les gens ne viennent plus rencontrer des humoristes, il viennent rencontrer des personnalités. Ils veulent passer par pleins d’émotions. D’ailleurs, il y a pleins de comédies qui sortent. Et le public dit qu’elles n’ont pas de fond. Les gens cherchent à être transcendés. Je ne dis pas que c’est facile. Mais tout ce qui est personnel est universel. »

 

Attribuer un rôle à Artus était-il un clin d’oeil à « Couscous c’est nous » ?

Nawell Madani : « Non puisque c’est sorti après. On a tourné le film fin 2015, début 2016. Artus, c’était un acteur amateur, un débutant. Je lui ai proposé de continuer avec moi sur quelques aventures mais c’était avant tout ça. »

 

Retrouvez notre critique et la bande-annonce du film !

 

Redécouvrez notre rencontre en images…

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