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INTERVIEW

Wùlu – Interview du réalisateur Daouda Coulibaly

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Daouda Coulibaly

A l’occasion de l’avant-première de Wùlu, EspritCine a rencontré Daouda Coulibaly.

 

Tout au long du film, le parallèle entre les passeurs de drogue et le bétail à l’abattoir nous rappelle La Grève, de Serguei Eisenstein, est-ce une référence volontaire de votre part ?

« Non. Pour préparer le film, je me souviens avoir vu Le sang des bêtes de Georges Franju et cela m’a beaucoup impacté. C’est un film que je n’ai pas réussi à oublier. Je ne sais plus exactement quand est venue l’idée des scènes de l’abattoir mais c’est quelque chose que j’avais en tête au moment du tournage. Ce que j’ai essayé de faire avec cet aller-retour entre Ladji et les animaux, c’est établir une analogie entre ces bêtes qui empruntent le couloir de la mort et ces jeunes qui se dirigent vers le crime organisé. Je voulais montrer qu’au bout de ces deux chemins, il y a la même issue tragique et signifier que la vie de gangster n’est pas un choix envisageable pour s’épanouir. »

 

Peut-on voir cela comme une métaphore, un point de départ vers le cauchemar ?

« Oui, c’est quelque chose qui démarre au moment où on se sent engagé dans la voie du crime organisé. C’est pour leur dire qu’ils ressemblent à trois petits agneaux ou à trois zébus qui s’engagent dans le couloir de la mort, sauf qu’ils vont l’apprendre bien plus tard. D’ailleurs Ladji est le dernier à le constater. »

 

« Wùlu est source d’espoir. »

 

C’est votre premier long métrage. Quelles ont été les différences avec la réalisation de vos deux courts métrages ?

« La grosse différence c’est le nombre de collaborateurs. Sur un court-métrage on est directeur de production, chauffeur, monteur, etc. Alors que sur un long métrage, il y a une équipe qui nous soutient dans les différentes étapes. L’image lors du tournage est meilleure puisqu’on a une armée de techniciens. Le rapport au temps est différent. Le court métrage m’a servi à faire mes armes. Mais ce sont deux expériences totalement différentes. »

 

Le film a-t-il été difficile à financer ?

« Comme la plupart des films, oui. On n’a pas échappé à ça. Surtout pour la dernière partie du film. Au début cela a été assez rapide : on a eu des fonds européens, et Canal + s’est impliqué dès la première version. Mais cela s’est compliqué après. »

 

Vous avez tourné au Sénégal et au Mali. Avez-vous rencontré des difficultés ?

« On ne nous a pas montré d’hostilité sur place. Au départ, on devait tourner au Mali majoritairement, mais pendant la phase de préparation du film, il y a eu un attentat. On a donc du délocaliser les scènes de tournage au Sénégal. Mais nous n’avons jamais été contraints par les autorités sur place. »

 

Wùlu un film très politique

 

C’est un film que vous aimeriez présenter en Afrique ?

« Cela a été fait. Il a été vu en avant-première et exploité à Bamako au mois de janvier puis présenté à Dakar, à Abidjan, … Donc nous avons déjà eu l’occasion de le montrer. »

 

Le terme de chien est utilisé de façon positive dans le contexte de l’initiation bambara mais de façon négative dans la vie quotidienne. Il y a donc une double signification ?

« Absolument. Je voulais jouer sur l’ambigüité du terme. « Wùlu », dans l’initiation, est connoté positivement. « Wùlu », dans le langage courant, a le même sens qu’en français. Ladji est passé du chien positif qui cherche sa place dans la société issue de la culture traditionnelle, au chien qui est un homme sans scrupule de la société moderne. Le film, c’est aussi son parcours entre deux systèmes de valeurs différentes. »

 

Wùlu est votre premier film. C’est un film très politique. Est-ce que cela n’a pas été trop difficile de gérer le film en tant qu’objet cinématographique et de faire passer un message ?

« Non. Je pense que tout est politique à partir du moment où on le met sur la place publique. Quand on dit quelque chose devant un certain nombre de personnes, c’est prendre une position personnelle. D’un autre coté, ce que le film raconte, c’est vu par des gens qui s’intéressent à l’actualité malienne qui sont déjà au courant.

Je n’avais donc pas l’impression de révéler quelque chose qui était inconnue mais simplement de donner la possibilité de discuter d’un fait que l’on considère comme tabou. Tout ce qu’il y a dans le film a été inspiré de rapports, d’articles de presse, de livres, de discussions avec des voisins, des gens que j’ai rencontrés. Ce sont donc des informations auxquelles la plupart des gens ont accès. Le fait de le synthétiser et d’en faire un récit, je ne pense pas que ce soit répréhensible. »

 

Pour moi un film, c’est avant tout faire part de mes interrogations

 

Si on rebondit sur le coté politique, peut-on dire qu’il a un côté moralisateur ?

« Bien sur, cela fait partie des interprétations possibles. J’essaie de présenter une situation. Je pense que chacun d’entre nous peut reconnaitre sa responsabilité. Effectivement, le consommateur occasionnel de cocaïne du samedi soir peut être interpellé par le film et, j’espère, que cela l’amènera à réfléchir. Mon propos n’est pas de juger mais je présente l’ensemble des faits. L’ensemble de la population peut trouver sa part que ce soit le consommateur, le narcotrafiquant, le général au Mali ou encore le paysan colombien. Je n’impose rien mais je propose un dialogue. »

 

Etait-ce aussi pour éveiller les consciences ?

« Pour moi un film, c’est avant tout faire part de mes interrogations. Je me demande si on peut faire quelque chose pour que les choses changent. Je constate qu’il y a ce trafic là, qu’il y a une partie de la jeunesse qui risque de céder aux sirènes de ce trafic qu’il y a des tas de gens qui en profitent puisqu’il y a des sommes considérables engagées dans ce trafic et je pose la discussion autour de ça. J’ai envie de partager mes interrogations et si elles donnent envie de mesurer l’importance du sujet, de réfléchir ensemble aux solutions, alors tant mieux.

Je voulais présenter l’organisation du trafic, jalonné de faits historiques et m’attacher à un personnage qui incarne de la jeunesse africaine, qui montre qu’elle peut être sérieuse, travailleuse, rigoureuse, pleine d’espoirs et, en même temps, confrontée à une injustice. Je voulais respecter ce schéma et voir comment raconter cette histoire à travers ce personnage. »

 

Il semble que votre personnage n’ait pas le choix. Peut-on qualifier votre film de fataliste ?

« La destinée l’est mais le film ne l’est pas. Ce film est source d’espoir. A partir du moment où on peut constater à quel point la défense de nos petits intérêts individuels nous entraîne à notre perte, j’espère qu’on voudra un peu changer les choses et corriger notre attitude. »

 

La situation au Mali se dégrade. Pensez-vous qu’il y ait encore de l’espoir pour la jeunesse d’aujourd’hui ?

« Oui, je pense que l’espoir ne peut venir qu’après l’honnêteté. A partir du moment où on continue à se raconter des histoires et où on fait comme si on n’était pas touchés par ce problème là, on se ment à soi même et on est sûr de ne pas trouver de solution. »

 

Comment avez-vous constitué le casting ?

« Pendant longtemps, j’ai rêvé de trouver mon Ladji à Bamako. J’ai rencontré 200 à 300 personnes sans avoir de coup de cœur et je me suis trouvé à un moment où il fallait que je le trouve. J’ai rencontré Ibrahim Koma dans ces conditions. C’est un professionnel : il fait ça depuis qu’il a dix ans. Lors de notre rencontre, il est arrivé à me faire comprendre qu’il comprend le personnage. Il était motivé et se comportait comme s’il était déjà engagé. On a mis en place des choses et j’ai vu que son caractère pouvait rendre le personnage encore plus complexe donc on s’est lancés. Ibrahim Koma est franco-malien.

Mais il ne parlait pas bambara donc a appris sur place avec un coach. Il a été hébergé dans un institut pour orphelin. Il est venu plusieurs fois à Bamako et on a développé le personnage comme ça. Inna Modja, si on m’avait dit qu’elle allait faire des essais pour Aminata, je n’aurai pas compris. Je la voyais dans le rôle d’Assitan. Mais les essais étaient incroyables. Elle a cette force que je ne soupçonnais pas. Quand elle est venue à Bamako, on a parlé. Elle connaissait le personnage par cœur. Elle est née à Bamako donc parle très bien la langue. C’et une actrice née. Elle est capable de nuancer son jeu de manière très précise donc c’était une révélation. »

 

Pouvez-vous nous apporter des précisions sur la fin ?

« A la fin, Ladji assume les conséquences de ses actes. Il assume l’homme qu’il est devenu, le fait qu’il s’est éloigné de ses principes et la seule décision qui s’impose est celle qu’il prend à la fin. Il ne peut pas faire machine arrière puisqu’il s’est piégé lui-même. »

 

Retrouvez notre critique du film!

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INTERVIEW

ÉPOUSE-MOI MON POTE : Rencontre avec l’acteur-réalisateur Tarek Boudali et les acteurs Philippe Lacheau et Andy ! – INTERVIEW

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Épouse-moi mon pote

EspritCine est allé à la rencontre des acteurs et du réalisateur de ÉPOUSE-MOI MON POTE. Sortie dans les salles le 25 octobre !

 

« J’ai toujours eu envie de réaliser un film » – Epouse-moi mon pote – Tarek Boudali

 

Vous vous connaissez depuis longtemps, et là, les rôles sont échangés. Est-ce un chamboulement pour vous ?

Tarek Boudali: En fait, ça reste toujours un travail d’équipe. Il est vrai que là, moi j’ai un peu plus de responsabilités sur les épaules alors qu’avant c’était plus Philippe. Malgré qu’il n’est pas écrit le scénario, il avait un droit de regard dessus. Je lui ai envoyé et il faisait part de critiques et idées. Pareil, lorsqu’il a écrit « BabySitting 2 » ou « Alibi.com », il m’envoyait le scénario. On travaille vraiment ensemble pour se tirer vers le haut.

 

Cette envie de réalisation, vous l’avez depuis longtemps ?

Tarek Boudali: Je l’ai toujours eu dans un coin de ma tête, mais je me suis dit qu’il fallait que ça vienne naturellement. Je n’étais pas pressé pour réaliser car je m’éclate vraiment en tant que comédien. Et quand j’ai eu l’idée de ce scénario, que j’ai commencé à écrire, tout était déjà imagé dans ma tête. J’avais une vraie vision et je voulais aller au bout de mon projet. Je me suis dit que si je ne le réalisais pas, je l’aurais donné à quelqu’un d’autre mais elle aurait surement dénaturée.

 

« On aime jouer la comédie »

 

Quand vous dites imagé, vous saviez déjà que vous seriez le rôle principal, que Philippe jouerait Fred…?

Tarek Boudali: Quand j’ai eu cette idée, j’avais juste le pitch. J’en ai parlé à Philippe et Julien pour savoir si ça pourrait faire un bon sujet de comédie. Eux m’ont confirmé que oui. Et c’est là que j’ai tout de suite dit à Philippe que je le voyais bien joué mon faux mari. Il a accepté, c’était une évidence, alors que rien n’était encore écrit. Les autres comédiens sont venus un peu plus tard, une fois que le scénario était terminé.

 

Vous jouez beaucoup sur l’homosexualité. C’est tellement plein de clichés au départ, qu’on se demande si vous vous rendez compte ! Mais une phrase de Charlotte Gabris dans le film nous fait réaliser que vous êtes conscients. Pourquoi avoir voulu aller dans cette direction-la ?

Tarek Boudali : Quand j’ai écrit le scénario, je ne voulais pas me moquer, ni blesser. C’était vraiment très important pour moi. C’était la limite quand j’écrivais, de savoir si ça pouvait blesser quelqu’un. A partir du moment où je me disais que non, je ne le gardais pas. A aucun moment je ne me moque des homosexuels. Mais plutôt de deux mecs qui sont naïfs, qui se prennent pour des homosexuels et qui ont une vision erronée et clichée de cet univers. C’était important pour moi de les faire partir d’un point A vers un point B pour qu’il y ait une vraie évolution. Et effectivement la phrase de Charlotte est nécessaire pour que les personnages évoluent.

 

« Je ne voulais ni me moquer ni blesser personne avec ce film »

 

Il y a des moments d’anthologie dans le film. Il y a déjà la scène du pont qui n’a pas dû être facile à tourner…?

Tarek Boudali : Elle a été très dure à tourner ! C’était difficile car ça a demandé beaucoup de logistique. Deux jours de tournage ont été nécessaires. Il faut bloquer la seine et un pont. Il y a des figurants, des voitures, une péniche… C’est la journée que je redoutais le plus.

 

Vous faites vos propres cascades ou il y a des cascadeurs ?

Tarek Boudali : Non, on fait nos cascades nous-mêmes.

Philippe Lacheau : Moi j’étais tenu par des câbles sur le pont, c’est haut (rires). Ça donnait le vertige. On essaie de les faire au maximum quand on peut les faire.

Tarek  Boudali : Moi ça m’excite. J’ai eu une révélation surtout depuis « BabySitting 2 » où l’on faisait toutes les cascades nous-mêmes. Les sensations extrêmes en général me plaisent.

 

Il y a un autre moment exceptionnel, la scène de la danse…

Tarek Boudali : Philippe et moi, on se débrouille plutôt pas mal en danse. On sait utiliser notre corps (rires). On n’est pas mauvais. J’ai un ami qui est danseur professionnel. Je lui ai parlé du projet en lui demandant une petite chorégraphie et on a travaillé ensemble. On a fait plusieurs heures de répétitions pour arriver à ce résultat.

Philippe Lacheau : On est prêt pour « Danse avec les Stars » (rires).

 

« C’est très compliqué de commencer dans le cinéma »

 

Parlons des autres acteurs. Comment Andy est arrivée sur le film ?

Tarek Boudali : Andy, c’est une très bonne surprise ! Je ne connaissais pas son travail pour être honnête et je cherchais la personne qui allait interpréter le rôle de Claire et les producteurs m’ont parler d’Andy. J’ai regardé son travail sur Youtube, et j’ai trouvé ça très drôle, très frais. Elle a adoré le scénario.

 

Comment avez-vous vécu cette première expérience au cinéma ?

Andy Rowski : Je l’appréhendais beaucoup. Pour moi, le cinéma ne m’intéressait pas au début car le rythme est beaucoup plus lent. Sur Youtube on tourne tout en une journée, là c’est une à deux scènes par jour. Je me disais que je n’aurais pas la patience de faire ça et de jouer différemment, car l’on a quelqu’un qui nous dirige. Au final, c’était une bonne surprise.

 

Quel a été votre réaction à la lecture du scénario ?

Andy Rowski: J’ai trouvé ça cool. Ce n’est pas un personnage qui est très loin de moi. Ce n’est pas comme si je devais me mettre dans la peau d’un autre personnage, à part au tout début du film. Je n’ai pas vu ça comme un challenge, plus comme quelque chose de difficile à faire.

 

« Tourner au Maroc m’a provoqué beaucoup d’émotions »

 

Vous avez tourné au Maroc ?

Tarek Boudali : Oui. On a quasiment tout tourné en Ile de France et quelques jours au Maroc, sur mes terres d’origine. On a tourné ces scènes a la fin du tournage, et c’était beaucoup d’émotions. C’est là où j’ai un peu relâché la pression. Je me suis revu gamin en train de galérer dans la campagne, à utiliser la caméra de mon père pour filmer ma petite sœur.

 

Comment avez-vous atterri dans le cinéma ?

Philippe Lacheau : On a couché (rire général).

Tarek Boudali :  C’était compliqué. Nous, nous sommes amis avant même d’avoir commencé à travailler ensemble. Julien Arruti et Philippe ont grandi ensemble, et moi j’ai connu Julien au BTS puis Philippe. On avait la même envie de faire de la télé, du cinéma…

Philippe Lacheau : Sauf qu’il y avait un problème, on ne connaissait personne dans le cinéma, ni en télé. Aucun contact, donc ce n’était pas évident.

Tarek Boudali: Et à force d’acharnement, on a réussi. Philippe a commencé à faire de la télé, puis il a ramené ses copains. Ensuite, on a fait 4 ans à Canal+. On a eu des périodes très difficiles, très creuses. Pendant l’écriture de « BabySitting », personne n’en voulait. On avait plus de travail, plus rien pendant un an et demi. Tu te poses la question de savoir s’il ne faut pas arrêter et chercher du boulot. Après, nous avons rencontré des producteurs qui ont cru au projet et ça a démarré.

 

« L’adaptation de Nicky Larson est en préparation »

 

Vous aimez martyriser les animaux entre « Alibi.Com » et ce film…(rires).

Philippe Lacheau : On nous le dit souvent. Mais les deux films ont été écrit en même temps et tous les deux, on a trouvé des gags avec des chiens. Et comme les deux films se sont enchaînés… Mais les chiens vont très bien (rires).

Tarek Boudali: J’adore vraiment les animaux. Dans une autre vie, j’aurais aimé travailler avec les animaux.

 

Vous avez un autre projet de réalisation ?

Tarek Boudali : Philippe est en train de préparer l’adaptation de « Nicky Larson ». Ce sera le prochain film que l’on va tourner. Et moi je suis en train d’écrire aussi un autre scénario de mon coté, une comédie.

Philippe Lacheau : Plusieurs personnes nous comparent au Splendid. Si on pouvait faire des films ensemble toute notre vie, on serait vraiment ravis. On travaille entre copains, on a vraiment de la chance.

 

Et de faire un autre genre de film, autre que de la comédie ?

Philippe Lacheau : Je sais que Tarek et moi, pour l’instant, on en a pas vraiment envie. Andy, elle, adore les films d’horreur.

 

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INTERVIEW

KNOCK – Interview de Lorraine Levy, Omar Sy et Hélène Vincent

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Knock

EspritCine est allé à la rencontre de Lorraine Levy, Omar Sy et Hélène Vincent. Il nous ont, bien entendu, tout confié sur leur dernier film KNOCK. A retrouver dans toutes les salles dès le 18 Octobre 2017 !

 

« On essaye de dire des choses sur notre société tout en gardant le sourire ! »

 

KNOCK, votre film, est une réadaptation de la pièce de Jules Romains, écrite en 1923. Pourquoi avoir situé votre histoire dans les années 1950?

Lorraine Levy : « En 2017, cela n’aurait pas été crédible. A l’ère d’internet, il n’y a pas une question qui ne trouve de réponse immédiate. Il fallait que cela s’inscrive dans un passé. Les années 50 me paraissaient un bon compromis. »

 

Le personnage principal est un médecin noir. Le racisme était omniprésent à cette époque. Pourquoi ne pas en avoir parlé d’avantage ?

Lorraine Levy : « On en a beaucoup parlé avec Omar. Nous étions complètement d’accord sur le fait de ne pas faire un film sur le racisme. Tous les films traitant du racisme étaient nécessaires mais nous voulions passer à autre chose. Mon Knock est noir, mais on passe à autre chose. Les gens du village vont chercher sa différence parce que chacun cherche la différence de l’autre.

Mais on ne pose pas comme un espèce de pierre d’évidence, et donc de séparation possible, le fait qu’il soit noir ou sa religion ou sa sexualité. Chacun vit sa vie et on passe à autre chose ! Passer à autre chose c’est raconter une histoire… Qu’on espère belle, drôle, émouvante et qui essaye de dire des choses sur notre société tout en gardant le sourire. »

 

« Je ne connaissais pas KNOCK »

 

N’était-ce pas osé de reprendre ce personnage si connu ?

Omar Sy : « Ce que je dis souvent au cours de la promotion du film, c’est que ce que l’on prend parfois chez moi pour du courage, c’est de l’ignorance ! Je ne connaissais pas Knock. Ni celui de Louis Jouvet. J’y suis allé un peu par inconscience ! Je l’ai appris après, mais c’était évidemment trop tard pour dire non. J’avais déjà accepté. Et je suis quand-même un homme de parole ! Par contre, je n’ai pas de formation classique. J’ai une trajectoire particulière qui n’est pas « comme les autres ». Quand je suis confronté au classique, je me demande donc si j’y ai droit. Il est vrai que le fait que le Knock de Lorraine Levy soit une adaptation m’a aidé à accepter. »

 

« Louis Jouvet jouait le KNOCK de Jules Romains, et moi je joue celui de Lorraine Levy »

 

Omar, votre adaptation de KNOCK est radicalement différente du personnage d’origine…

Omar Sy : « C’est justement l’ambition: de se détacher, de faire autre chose. C’est une adaptation donc certainement pas la même chose. Louis Jouvet jouait le Knock de Jules Romains, et moi celui de Lorraine Levy. Ce n’est pas le même mais c’est justement celui-là qui m’intéresse. Il a de l’humanité et est un peu plus lumineux. Parce que l’autre me fait peur et je ne sais pas si je pourrais le jouer. De toute façon, il est très bien fait. Donc on n’y touche plus et on fait autre chose. C’est mon but. »

 

« KNOCK est une libre adaptation du texte d’origine »

 

Ne vous êtes vous pas justement inspiré du personnage de Louis Jouvet ?

Omar Sy : « Surtout pas ! Il fallait justement s’en éloigner. Ce n’est vraiment pas le même. Il est inspiré du Knock de Louis Jouvet mais le notre est entouré. Il rencontre autre chose, a un passé. Notre personnage est dans une histoire où il y a d’autre personnes. Notre village existe. Knock est face à quelque chose et c’est ce qui est intéressant à mes yeux. Son interaction avec le village et les autres personnages. »

Lorraine Levy : « Il n’y a rien d’extravagant à s’amuser avec Knock après Jouvet. Je n’ai jamais entendu qu’un acteur soit le propriétaire d’un rôle. Un rôle passe de vie en vie, d’acteur en acteur, et chacun l’interprète à sa manière. Louis Jouvet ne l’a jamais enfermé dans une vitrine depuis le film de 1951 ! Je n’ai pas eu l’impression avec notre Knock de me mettre en parallèle. Ce n’est pas une réadaptation.

C’est juste une libre adaptation du texte d’origine. Quand Jules Romains écrit sa pièce, on est en 1923. Toutes les théories de la suprématie arienne voient le jour. Son Knock est empreint de tout ça. Aujourd’hui, il y a un thème qui me semble actuel : la place de l’étranger dans la cité. Je me suis éloignée de la réflexion de Romains pour en avoir une autre, qui, finalement reste liée. Mon Knock est plus solaire, plus généreux mais je n’ai pas gommé cette ambiguïté. Ce qui sauve mon personnage, c’est l’amour d’une jeune femme qui est dans la vérité et dans la simplicité des choses. Elle va le remettre dans le sensible. »

 

« C’était un projet difficile »

 

Parlez nous du personnage de KNOCK…

Hélène Vincent : « Il arrive avec un charme incroyable qui se manifeste dans le fait qu’il écoute les autres. Le fait de les écouter, de les regarder, les plonge dans une espèce de transe très désirante. Mon personnage (la veuve Pons) échappe à un destin tragique de femme qui s’ennuie. On sent bien que le village est un peu endormi. Jusqu’à l’arrivée de Knock, une surprise majeure qui revoit les cartes relationnelles du village. Il lui redonne de la vie. »

Lorraine Levy : « Tous les personnages sont en manque de tendresse et Knock leur apporte, même si ce n’était pas sa volonté première. »

Omar Sy : « Exactement ! Il pense que c’est à sens unique mais c’est dans les deux sens. »

 

Pourquoi avez-vous mis autant de temps pour réaliser votre film ?

Lorraine Levy : « C’était un projet difficile. Beaucoup de questions se sont posées et il faut du temps pour arriver à convaincre. C’est un film qui part avec beaucoup de handicaps. Il n’y a pas une scène de sexe, pas un meurtre, pas un cambriolage, aucune scène de prise de drogue… C’est une petite bulle d’un village. Knock, c’est comme un conte à l’intérieur duquel on essaye de raconter des choses avec une galerie de personnages dont je suis très fière. Les acteurs de ce film sont merveilleux. Ils peuvent donner vie à leur fantaisie, à leur folie avec un art consommé de la mesure. »

 

« Une rencontre entre la poésie et le comique »

 

Comment décririez-vous votre film ?

Lorraine Levy : « J’adore le terme de comédie ambiguë. Une comédie, c’est un grand sac fourre tout. Mais « comédie ambiguë » exprime la force et la puissance corrosive qu’une comédie peut avoir. Et Knock, c’est ça! Que ce soit le texte écrit en 1923 ou ma version, il y a moyen de prendre un plaisir d’enfant. Ma plus grande émotion, je l’ai eue à 7 ans devant un spectacle de Guignol. Depuis, je cherche à retrouver cette émotion. Avec Knock, je cherche également à la provoquer. Certaines scènes, peuvent être qualifiées de burlesques. C’est un art que j’adore. Ce qui est extraordinaire, c’est qu’on peut aller très loin dans la farce. C’est une rencontre entre la poésie et le comique. »

 

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INTERVIEW

JALOUSE – Interview des réalisateurs David et Stéphane Foenkinos

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David et Stephane Foenkinos

EspritCine est allé à la rencontre de David et Stéphane Foenkinos ! Six ans après La Délicatesse, les deux frères reviennent en force avec leur comédie Jalouse.

 

« C’est surtout l’histoire d’une femme qui bascule dans le mal-être général »

 

 

Pourquoi avoir choisi ce sujet ?

Stéphane : « Le film était d’abord centré sur la jalousie mère/fille. Finalement, c’est un sujet assez tabou qui n’a pas été vraiment traité. Mais c’est surtout l’histoire d’une femme qui bascule dans le mal-être général. Si sa fille est la première victime, au fur et à mesure, c’est à son entourage que cela va s’étendre. C’est quelque chose d’incontrôlé, comme elle le dit, ce sont des « pulsions ». Le sujet était le mal-être, arrivé dans la vie de cette femme à un moment où elle voit le bonheur des autres et trouve ça insupportable. »

 

« Il était important que Jalouse ne soit pas caricatural. »

 

Parlez nous de Nathalie, cette femme en pleine crise de la cinquantaine qui devient véritablement jalouse…

Stéphane : « En effet, jalouse, c’est une manière d’aborder le film. C’est d’ailleurs assez fort pour qu’on donne ce titre au film ! Mais quand elle dit qu’elle n’est pas jalouse, d’une certaine manière, elle a raison : elle n’est pas QUE jalouse ! »

David : « On sent que c’est une femme forte, belle, qui aime dominer les choses. C’est vrai que c’est un moment de fragilité liée à ce que la société lui renvoie. Pour nous, ce qui était important était de ne pas être caricatural. Son ex-mari est avec une femme qui n’est pas forcément plus belle qu’elle, sa fille est sublime mais elle a une douceur, une fragilité… D’ailleurs elle vit très mal l’agressivité de sa mère.

Donc c’est plutôt Nathalie qui commence à tout mal voir et à mal prendre. Il y a un agacement général. Cette femme ne se supporte plus donc elle ne supporte plus les autres. C’est à la fois un sujet psychologique de la transformation d’une femme et à la fois la source d’une comédie. Portée par Karin Viard, Nathalie a ce tempérament qui fait qu’elle peut tout oser. Son histoire est un chemin vers l’épanouissement, vers le fait d’aller mieux. Finalement, on comprend la douleur de cette femme… Et la façon dont elle cherche à rattraper ses erreurs est très touchante. »

 

« Finalement, elle fait des choses qu’on pourrait tous faire »

 

Peut-on dire qu’elle est réellement méchante?

Stéphane : « Elle a un vrai problème de timing… Oui, parfois on est un peu horrifié de certaines scènes, surtout quand elle accumule. Mais ce qui était important pour nous c’était d’être réalistes. On ne voulait pas tomber dans du burlesque ou du sitcom. Pour l’identification, il fallait qu’on dise, « c’est possible ». Finalement, elle fait des choses qu’on pourrait tous faire. On a donc travaillé des scènes avec Karin pour trouver le bon dosage. Effectivement, pour pouvoir accepter et comprendre il fallait qu’on aille loin. Pour la comédie, il fallait qu’elle s’attaque à des gens sympathiques. Si elle s’attaquait à des gens épouvantables, cela ne serait pas grave, on ne lui en voudrait pas ! »

David : « Nathalie est dans l’incapacité de contrôler ce qu’elle dit et ce qu’elle pense. Elle agit par impulsion. Ce qu’elle traverse, on peut tous le ressentir à un moment. Elle perd sa capacité à réguler et à être une femme en société. Elle n’est plus capable d’être dans la mesure, prend tout mal et a une vision déformée de la réalité. Son environnement n’est pas malveillant, c’est elle qui crée cette agressivité et les conditions du conflit. Elle va être sa pire ennemie. »

Stéphane : « Elle manque d’amour, c’est aussi simple que ça. Et en même temps, elle se saborde. Elle ne se voit pas et est dans l’auto-destruction. »

David : « Ce qui nous intéressait, c’était aussi de voir comment elle allait recomposer tout ce qu’elle avait détruit. Il fallait qu’elle admette qu’elle allait mal. »

 

« Ce qui est agréable, c’est de nous surprendre et de surprendre le spectateur »

 

Le rôle de Nathalie a été composé et écrit pour Karin Viard. Pourquoi elle précisément ?

David : « Quand on a écrit le scénario, on espérait qu’elle allait dire oui. Karin, c’est un bonheur de vie et et quelqu’un qui a une énergie incroyable. Le rôle de Nathalie est un rôle complexe pour une actrice. D’une certaine manière elle va jusqu’à être antipathique. Je ne vois vraiment pas qui aurait pu le faire à part elle ! »

Stéphane : « C’est toujours le problème. J’ai fait 20 ans de casting et je conseillais toujours au metteur en scène de ne jamais écrire en pensant à quelqu’un au risque d’être très déçu. Évidemment, au moment où on écrit un scénario, on tombe dans le même piège ! Ce qui était formidable, c’est que Karin n’a pas peur de l’image. Elle est à 100 % dans son personnage, sans se donner d’excuse, et l’interprète pleinement. »

 

Qu’en est-il des personnages secondaires ?

David : « Nous voulions que tous les personnages secondaires aient une particularité. On devait les comprendre progressivement. »

Stéphane : « Ce qui est agréable, c’est de nous surprendre et de surprendre le spectateur en pensant qu’on est sur des chemins balisés. Ce qui n’est pas forcément le cas ! »

 

« Trouver l’actrice pour le rôle de Dara était un gros challenge »

 

Et Monique dans tout cela ?

David : Elle permet d’introduire une situation romanesque et amusante. Cette rencontre est très forte. Ce qui est important, c’est le moment où Nathalie se confie à cette femme. C’est le déclic qui lui permet d’aller mieux. »

Pourquoi avoir choisi de faire de la fille une danseuse ?

David : « Pour la force de l’image ! La grâce, l’évanescence… On a trouvé Dara à l’Opéra National de Bordeaux. Trouver l’actrice pour ce rôle était un gros challenge, de longs mois de castings. On voulait une vraie danseuse ! »

Stéphane : « Oui ! Ce n’était pas seulement être danseuse dans les scènes de danse.. Marcher, évoluer, se tenir, s’asseoir, c’est quelque chose qu’on ne peut pas fabriquer ! Il se trouve que Dara a arrêté la danse. Nous sommes arrivés à un moment où elle voulait faire une pause. »

 

« Nous sommes très complémentaires »

 

Comment avez-vous réussi à travailler ensemble ?

David : « Nous sommes très complémentaires. Si nous avons des désaccords, ce qui peut arriver, on les règle en amont. Le cinéma est un travail collectif. On ne peut pas se permettre d’arriver en désaccord sur un plateau. Réaliser un film est tellement long qu’une fois arrivés sur le plateau, cela fait déjà deux ou trois ans qu’on réfléchit à ce que l’on va faire. Le cinéma, c’est des milliers de détails, des heures et des heures de préparation. Donc on a des idées communes et précises. C’est notre deuxième film ensemble, on a appris de nos erreurs et on arrive avec plus d’assurance. »

Stéphane : « Cela se passe avec très peu de mots. Ça fonctionne, et c’est très agréable ! »

David : « On ne veut pas faire du cinéma pour faire du cinéma ! Pour faire un film, il faut forcément aimer son sujet. »

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