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TOUT NOUS SEPARE – Interview du réalisateur Thierry Klifa

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TOUT NOUS SEPARE

« Nous voulions transposer les codes des films noirs dès années 50 à notre société » – TOUT NOUS SÉPARE

 

A l’occasion de la sortie de son dernier film, TOUT NOUS SEPARE, EspritCine est allé à la rencontre de Thierry Klifa. Un polar assez sombre à retrouver dans vos salles le 8 Novembre !

 

Considéreriez-vous votre film comme un polar et quel est son point de départ ?

Thierry Klifa : « Oui, c’est un polar. Un polar romanesque, qui frise aussi avec le mélo, comme souvent dans les films que j’ai pu faire. Le point de départ, c’était d’écrire un personnage d’héroïne de film noir, inspiré des héroïnes des années 50. Je voulais, pour Catherine Deneuve, écrire un personnage de justicière, de guerrière. Une mère qui serait prête à tout pour sa fille. C’est le troisième film que je fais avec elle.

Comme moi, elle adore les films noirs des années 50. Cela nous amusait beaucoup, avec Cédric Anger, de transposer les codes des films noirs à notre société et à notre monde actuel. Nous voulions voir qu’est-ce qu’une héroïne des années 50 ferait face à la voyoucratie d’aujourd’hui. C’était vraiment le point de départ. La première fois que j’ai parlé du personnage à Catherine, je lui ai dit : « Vous savez, si vous me dites non, la seule personne qui peut le faire, c’est Clint Eastwood ». Elle m’a répondu : « Laissez Clint Eastwood où il est, je ferai le film ». »

 

« C’est aussi un film sur les apparences, ce qui se cache derrière le masque que chacun porte » – TOUT NOUS SÉPARE

 

Est-ce que, pour vous, votre film reflète la réalité ?

Thierry Klifa : « Oui, il y a une part de réalité. Je pense qu’il y a quelque chose de très ancré dans une certaine forme de réalisme. Même si chez moi, le romanesque l’emporte toujours sur le naturalisme. Mais oui : c’est une violence à la fois morale et physique. Je ne sais pas laquelle est la pire. Personnellement, je pense que c’est la violence morale. Dans la deuxième partie du film, il y a quelque chose d’expiatoire pour cette femme. La violence morale est présente. »

 

Quel message vouliez-vous faire passer?

Thierry Klifa : « Ce qui m’intéressait, c’était aussi la filiation, la transmission. Cela doit être une obsession puisqu’il en est toujours question dans tout ce que j’ai fait. Du coup, il y a ça en filigrane. Mais il y a un message positif. C’est aussi un film sur les apparences, ce qui se cache derrière le masque que chacun porte. Le masque de la bourgeoisie pour l’une, celui du voyou pour l’autre.

Finalement, on se rend compte que ce qui manque le plus dans notre société, c’est le dialogue. L’échange et la communication. Derrière l’allure sage et bourgeoise du personnage de Catherine Deneuve se cache un passé trouble, une femme qui n’hésite pas à prendre les armes. De l’autre côté, derrière celui de Nekfeu, familier de la violence, se cache un garçon avec une véritable sensibilité, qui espère s’en sortir. Dans mon cinéma, il y a de l’amour, des sentiments et une certaine sensibilité. »

 

« Je voulais échapper à toutes les figures imposées » – TOUT NOUS SÉPARE

 

Diriez-vous que le personnage de Catherine Deneuve est un personnage animal ?

Thierry Klifa : « C’est exactement ça. Elle a quelque chose de très instinctif, de très animal. C’est une mère dans tout ce qu’elle peut avoir de plus naturel. C’est viscéral. Les gens sont très émus par son personnage. C’est aussi parce que c’est Catherine Deneuve qui le joue. Ce qu’on voulait faire passer dans ce personnage, c’est le fait qu’elle soit prête à aller jusqu’au bout. »

 

Que fait la police dans votre histoire ?

Thierry Klifa : « Elle s’en fiche. Un voyou qui meurt, ça en fait un de moins dans la cité. L’affaire est très vite classée. Ils parlent de règlement de compte et ça leur suffit pour fermer le dossier. D’ailleurs le personnage de Nekfeu le dit : « De toute façon les flics sont venus nous voir et ils s‘en foutent. ». Ils ont autre chose à faire et on le voit bien. Ce n’est pas ces dossiers là qui intéressent la police ou les médias.

Je ne voulais pas ajouter de pression médiatique ou policière. Je voulais faire un polar/thriller mais je voulais échapper à toutes les figures imposées. Dans les polars, en France, il pleut, tout le temps. Il fait nuit, tout le temps. Les gens sont de mauvaise humeur, tout le temps. Je voulais faire un film noir au soleil. Et que ce film soit lumineux. Je trouvais cela plus fort : que le danger soit dans la lumière. »

 

« Tous ces gens se côtoient, se croisent, vivent ensemble mais ne se voient pas » – TOUT NOUS SÉPARE

 

Vous avez tourné votre film à Sète et à l’étang de Thau. Pourquoi avoir choisi cet endroit ?

Thierry Klifa : « Ce qui m’intéressait, c’est que, souvent, les quartiers « chauds » sont excentrés. A Sète, la cité de l’île de Thau est collée au centre ville. Le chantier naval où travaille Catherine Deneuve est à 5 minutes de la cité. Tous ces gens se côtoient, se croisent, vivent ensemble mais ne se voient pas. »

 

Y-a-t-il eu un vrai travail d’immersion ?

Thierry Klifa : « Bien sûr ! Vous savez, j’ai été journaliste pendant 10 ans. Et c’est vrai que j’ai pris l’habitude d’ingurgiter beaucoup d’informations avant de faire un film. D‘abord, cela aide à écrire. Les situations vous sont données. On a moins de choses à inventer. Cédric Anger a beaucoup travaillé dessus. C’est un milieu qu’il connaît très bien. On ne peut pas arriver, poser sa caméra, sonner aux portes. Il faut que des gens vous accueillent. C’est un vrai travail de plusieurs semaines. On leur demande leur avis, on fait lire le scénario. C’est important de dire que, dans ces cités, il y a de la vie. Des gens qui pleurent, qui rient, qui tombent amoureux. Après on fait quand même un film noir donc, on y montre forcément de la violence. Mais je ne voulais pas trahir cet endroit. Je souhaitais être le plus respectueux possible. »

 

« Nekfeu m’a tout de suite plu » – TOUT NOUS SÉPARE

 

Pourquoi avoir choisi Nekfeu ?

Thierry Klifa : « Tous les acteurs qui l’entourent viennent de la cité. Mais Nekfeu m’a tout de suite plu. Au départ, je voulais un inconnu ou un débutant. Ce qui s’est passé c’est que je l’ai vu sur la couverture des Inrocks. J’ai trouvé que son visage et son comportement étaient intéressants pour le personnage. C’est l’icône de la jeunesse. Je lui ai donné le scénario à lire. Il m’a dit qu’il était intéressé et on a travaillé ensemble. Je suis le premier spectateur quand j’écris mes films. Je réfléchis à des acteurs. Mélanger l’icône de la jeunesse, incarnée par Nekfeu, avec l’icône éternelle qu’est Catherine Deneuve me paraissait intéressant. »

 

« Catherine a été très impliquée dans TOUT NOUS SÉPARE

»

 

Et qu’en est-il de Catherine Deneuve ?

Thierry Klifa : « J’ai écris ce film pour elle, comme on écrit une lettre d’amour. Si elle ne l’avait pas fait, je ne l’aurai pas fait. Elle a décidé de ma vocation puisque je suis tombé amoureux d‘elle quand j’ai vu Peau d’Âne, comme beaucoup de garçons de ma génération. Elle a décidé de ma cinéphilie puisque j’ai voulu la voir dans d’autres films. Cela m’a permis de découvrir des gens comme Truffaut, Polanski…

J’ai eu la chance de la rencontrer quand j’étais journaliste, puis de travailler avec elle. Et c’est le plus beau cadeau qui me soit arrivé dans ma carrière. Catherine a été très impliquée dans ce film. Je voulais connaître ses réactions. Elle a une vision très globale du scénario. Elle a vu que le personnage de la fille n’était pas très intéressant donc elle nous a aidé à le revoir. S’il avait fallu voter pour un chef d’équipe, je pense que toute l’équipe aurait voté pour Catherine. Sa force, c’est sa curiosité et son enthousiasme. »

 

« Diane a une intensité à la Romy Schneider » – TOUT NOUS SÉPARE

 

Et Diane Kruger ?

Thierry Klifa : « Cela faisait des années que je voulais travailler avec Diane Kruger, que j’adore. Mais elle a souvent eu des rôles très iconiques. J’ai toujours senti chez elle qu’il y avait une intensité, une fragilité, à la Romy Schneider. Mon rêve, si j’avais tourné un film dans les années 70, aurait été de tourner un film avec Catherine Deneuve et Romy Schneider.

Je n’ai pas pu les réunir, mais j’ai fait un film avec Catherine Deneuve et Diane Kruger. Et je trouve que, physiquement, c’est sans doute l’une des filles les plus crédibles de Catherine au cinéma. Elles ont cette blondeur, cette beauté hitchcockienne qui allait bien avec le contexte, et cette même distance par rapport aux situations. Il y a tout de suite eu une complémentarité et cette alchimie entre elles. »

 

TOUT NOUS SEPARE, à retrouver dans vos salles le 8 Novembre !

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