Connect with us
AI Intelligence Artificielle AI Intelligence Artificielle

IDÉES DE FILM

Rétrospective Steven Spielberg – trois films à revoir – AI Intelligence Artificielle (3/3)

Published

on

La rétrospective Spielberg

Cette semaine sort le dernier film du grand réalisateur Steven Spielberg. Pentagon Papers, malheureusement parti bredouille au Golden Globes, il compte bien se rattraper dans les salles et pourquoi pas au Oscar 2018.
Cette occasion nous a donné envie de revenir sur la carrière de ce géant du cinéma, en trois films. Trois dates clés, trois projets qui nous permettrons de mieux comprendre la filmographie de ce géant du cinéma.

 

Partie 3 : 2001 – AI. L’héritage de Spielberg

 

Pour clore cette rétrospective, il nous fallait un film de choix. Un film qui serait capable, à lui seul, de nous faire ressentir toutes les problématiques du cinéma de Spielberg. c’est pour cela que mon choix s’est porté sur AI Intelligence Artificiel. Un projet complexe, une production difficile et un accueil mitigé, ce n’est pourtant pas la recette idéale. Mais l’histoire de AI a su se faire sa place sur l’étagère. Il s’érige à présent au rang des meilleurs films réalisés par Mr. Spielberg, mais aussi en tant que film culte toutes catégories confondues.

 

Il était une fois AI…

L’histoire nous plonge dans un monde ravagé par la fonte des calottes glaciaires et le dérèglement climatique. Une ambiance quasi-post apocalyptique, où les plus grandes villes ont été noyés sous les flots. Les robots sont devenus un maillon essentiel de l’économie. Humain et méca (mécanique / robots) vivent en harmonie. Mais le professeur Hobby veut pousser les recherches plus loin et souhaite incorporer des sentiments dans la matrice d’un robot. Qu’il soit capable d’aimer. David, un modèle expérimental de robot-enfant, programmé pour donner un amour inconditionnel à sa mère, est confié à Monica. Elle qui est ravagé de chagrin, depuis que son fils unique est dans le coma, se lie d’affection pour lui. Mais elle finira par l’abandonner. Inspiré par la fable de Pinocchio et son souhait de gagner l’amour de Monica, le jeune robot se lance dans une aventure, en quête de devenir un vrai petit garçon.

Après plus de vingt ans de carrière en tant que réalisateur, Spielberg réalise son œuvre la plus complexe. AI est effectivement le point culminant où se retrouve toutes les thématiques et les envies cinématographiques du réalisateur. L’enfance, la féerie et l’insouciance se confrontent à une réalité rude et monde futuriste chargé d’histoire.

Décortiquons ensemble cette œuvre.

 AI Intelligence Artificielle

 Kubrick / Spielberg le passage de flambeau

 

A l’origine AI était un projet de Stanley Kubrick. Le grand cinéaste voulait à travers ce récit approfondir ses réflexions sur la robotique qu’il avait déjà évoquée dans 2001 l’Odyssée de l’espace. Ce réalisateur nous avait habitués à un regard critique de la société et à un certain cynisme. Mais avec ce projet, il voulait renouer avec la légèreté et créer un véritable film sur l’amour.

Il s’inspira donc du roman Super Toys last all summer long de Brian Aldiss. Un livre qui décrit exactement l’histoire d’un enfant robot en quête d’amour. Durant les années 80, Stanley Kubrick débuta l’écriture de AI, juste après la sortie de son film précédant Full Metal Jacket. Il finit donc par rendre un scénario de plus de 80 pages, et un story board presque complet relatant tous les événements de son histoire avec précision. Mais Kubrick, aussi talentueux soit-il, commença à douter de ses capacités à faire ce film.

 

le producteur de Stanley Kubrick insista pour que Spielberg reprenne le projet en main

 

Il proposa donc le projet à l’un de ses amis les plus proches, Steven Spielberg. Les deux réalisateurs avaient déjà passé du temps ensemble, et nourrissaient leur amitié d’une admiration professionnelle respective. Kubrick voulait que son projet soit fait par Spielberg, disant lui-même que lui seul avait « la palette de couleurs » capable de mettre en valeur son film. Pendant plusieurs années Steven refusa l’offre, insistant pour que Kubrick le réalise lui-même. Une décision qu’il finit par prendre dans les années 90. Pendant le tournage de Eyes Wide Shot le réalisateur voulut faire de AI son prochain long-métrage. Mais il mourut tragiquement le 7 mars 1999 dans son manoir de Childwickbury, ce qui mit fin au projet.

Jan Harlan, le beau-frère et le producteur de Stanley Kubrick insista pour que Spielberg reprenne le projet en main. En hommage à son travail et sa mémoire. C’est ce qui poussa Steven à accepter. Pour l’occasion le réalisateur repassa au peigne fin tous les écrits du film laissés par son ami. Il décida de réécrire entièrement le scénario, chose qu’il n’avait pas faite depuis Rencontre du troisième type. Ainsi naquit l’histoire de AI, la rencontre des deux génies du cinéma, pour une fresque magistrale.

Story-board réalisé par Stanley Kubrick

Image du film réalisé par Spielberg

Un conte de fée futuriste

Comme dans E.T, Spielberg nous amène dans un univers fantastique, foisonnant de beauté et d’originalité. Rempli à la fois de thématiques profondes et réfléchit, il laisse la part belle à la magie et l’émerveillement. Suivre les aventures de David c’est explorer un monde à la fois merveilleux et menaçant. L’on peut aussi aisément s’identifier au personnage principal. Bien que le scénario nous explicite bien qu’il n’est pas un humain. Chacune de ses réactions et de ses émotions nous rappellent un véritable enfant. Comme Pinocchio, le héro refuse d’être différent et veut assouvir un fantasme impossible, devenir comme tous les autres petits garçons.

Mais alors, jusqu’à quel point la machine peut-elle se rapprocher de l’homme ?

 

« Je suis un vrai petit garçon »

Dès le début Spielberg ouvre le débat. David apparaît plus humain que ses parents adoptifs. Lui est animé par des sentiments de base tels que l’amour et l’affection. Il ne souhaite qu’une seule et unique chose: la tendresse de sa mère. Tandis que la famille adoptive, elle, est dépeinte comme fortunée, bourgeoise et repliée sur elle-même. Dans sa mélancolie, elle fait transparaître une froideur, digne des êtres mécaniques. Spielberg joue donc avec ce contraste et finalement c’est bien David qui semble être le plus humain de cette famille.

A travers ce long-métrage, Spielberg lance une réflexion profonde sur ce qu’est un être humain et une mise garde sur sa condition. Être conscient de nos émotions et de nos réflexions ne suffit plus. Les machines sont à présent aussi capables de tels prodiges. Une mise en garde non pas contre les progrès technologiques, mais contre la perte d’humanité que nous pourrions avoir face aux machines. Car l’existence même de David, amène des réflexions nouvelles. En tournant le dos à David, un être différent de l’humain, mais lui aussi capable d’émotion, nous tournons le dos à notre propre humanité. Et nous risquons de devenir ce que nous avons créé, c’est-à-dire… des robots.

Or David lui-même ne veut pas de ce poids sur les épaules. Il aspire à la simplicité. Bien qu’il soit exceptionnel par essence, il n’aspire qu’à une chose, effacer sa différence et devenir « normal ». Dans le but de gagner, enfin, l’affection de sa mère Monica.

Les humains derrière les robots

Spielberg a su donner vie à son film en s’entourant d’un casting magistral.

Tout d’abord le petit robot David. Toute l’intrigue tournant autour de lui, il fallait que le réalisateur trouve un acteur capable de transcender le spectateur de manière inhabituelle. Il s’est donc tout naturellement tourné vers Haley Joel Osment. Ce petit surdoué du cinéma a débuté sa carrière à seulement six ans et a enchainé les rôles dans de nombreux films et séries à succès. On a ainsi pu le voir en tant que fils de Forrest Gump dans le film du même nom. Mais aussi dans un personnage récurrent de Walker Texas ranger, ainsi que dans Ally Mcbeal. Mais c’est son rôle dans le sixième sens qui a décidé Spielberg. Et oui, c’est bien ce jeune garçon qui joue aussi le rôle de l’enfant qui voit des morts (attention spoiler).

Haley Joel Osment livre une performance hallucinante. Bien que ses dialogues soient rares et courts, le moindre de ses regards, nous transcende avec force et justesse. Haley porte une grande partie émotionnelle du film avec sa performance de génie.

A ses côtés on y retrouve un Jude Law au summum de l’excentricité. Il interprète Gigolo Joe, une machine spécialisée dans les activités sportives de la nuit. Un robot lover donc. La particularité de cet androïd et que lui, contrairement à David, a accepté ce qu’il est. Il en est même fier, être un robot lui donne la possibilité d’être meilleur que l’homme dans son domaine de prédilection. La retenue de Haley se combine magnifiquement bien au jeu déjanté de Jude Law. Un duo de choc aussi inattendu qu’efficace.

 

Seconds Rôles au sommet

 

On peut rajouter à cela, une pléiade de second rôle sublime. Tel que Frances O’connor dans le rôle de Monica la mère. Majoritairement présente lors de la première partie, elle nous laisse une empreinte indélébile tout le reste du film. On retrouve aussi Brendan Gleeson (Harry Potter : Braveheart), et William Hurt (Dark city) dans le rôle du professeur Holly.

Même les caméos sont remplis de surprises. On y retrouve notamment le regretté Robin Williams qui prête sa voix au professeur sait-tout. Mais aussi la sublime Meryl Streep qui elle double la fée bleue.

Spielberg s’offre donc un casting XXL. Des performances d’acteurs incontestables, qui ont largement contribué à la réussite du film.

Une réécriture qui divise

Comme nous l’avons dit au début de cette critique, malgré sa magnificence AI reçut un accueil mitigé. Le principal défaut que l’on lui reprochera sera son final. Comme dit précédemment Spielberg s’est entièrement réapproprié le scénario de Kubrick, et il a notamment changé la fin. Mais les éminents représentants des hautes sphères cinéphiles de cette planète, aiment à encenser Kubrick. Leurs courroux se déchainent donc sur la création de Spielberg, ce simple créateur de blockbusters.

Effectivement, notre Steven sera accusé d’avoir dénaturé l’œuvre du maître en changeant la fin. Une fin, qui dénaturerait le propos du film à grands coups de mièvrerie. Mais Spielberg a bien été obligé d’adapter l’œuvre à son style pour pouvoir pleinement exploiter le sujet. Mais la plupart des critiques ne l’épargneront malheureusement pas.

 

La souffrance de David (Spoiler Alerte)

 

Ces critiques peuvent s’expliquer de différentes manières. Soit le spectateur n’a pas compris le message, soit il n’a pas vu le même film. Car s’il y a bien une chose que Spielberg n’a pas mise dans AI, c’est bien de la mièvrerie. Petit rappel des événements :

Au cours de son voyage David se fait tout de même ABANDONNER par sa mère, durant l’une des scènes les plus déchirantes de la carrière du réalisateur. Ce petit être de métal, est condamné à ressentir des émotions qui le dépasse (comme un être humain). Mais il se voit tout de même discriminé et rejeté sans raison apparente, pour lui. Mais son supplice ne s’arrête pas là. Il vit une véritable désillusion, que nous comprenons et qui nous pèse tout au long du film, en croyant à la fée bleue. David manque aussi de se faire détruire à coup d’acide pendant un spectacle, juste à cause de sa différence. Il connaîtra également la rage, face à une copie de lui-même, refusant l’idée de ne pas être unique, il tuera son double. Et pour finir il tentera aussi de se suicider en comprenant que son rêve n’était qu’une illusion.

J’aimerais que l’on m’explique où est la mièvrerie dans cette histoire…

 

Les critiques du film

Les Inrock:
Par Olivier Père: Avec ce super-navet, Spielberg confirme que son cinéma sera toujours plus proche du pire Walt Disney que de Stanley Kubrick

Libération 
Par Didier Perron: Spielberg enlise le projet de Kubrick dans sa guimauve humaniste.

Télérama
Par Louis Guichard : Spielberg pastiche Kubrick puis caricature Spielberg. Bref, on n’y croit plus et on s’ennuie.

 

Des robots ou des Aliens ? (Spoiler Alerte)

 

Le final de AI est la principale cause de mépris envers le film. Effectivement Spielberg a entièrement remanié la fin tel que Kubrick l’avait imaginé. A la base le film devait se terminer par le plan de David, face à face, avec la figure de la fée bleue. La priant pour l’éternité sans que rien ne se passe jamais. Un final rempli de mélancolie et de désillusion comme seul Kubrick sait les faire. Mais cette fin aurait été très décevante. En effet Spielberg va plus loin, il nous raconte une véritable fable déchirante.

Mais en faisant certaines recherches, je me suis rendu compte du véritable quiproquo lié à ce final. Il vient de l’incompréhension du spectateur face à l’arrivée des extraterrestres. Hors le problème vient de là, il n’y a aucun Alien dans ce film. Ce sont des robots qui sauvent David de la glace. Certes, ces androïdes possèdent un physique très proche de celui d’un être spatial, mais ce design est entièrement assumé. Il marque la différence et l’émancipation de cette race face à l’être humain. Les machines sont autonomes et leurs physiques diffèrent donc des normes que nous leur connaissons.

Ce design nous est d’ailleurs annoncé dès le premier plan où nous voyons David dans le flou. Il apparaît dans une silhouette qui nous ramène au physique des robots du final. Une mise en abyme du premier robot qui changea la donne. Celui qui se distinguera des autres, et qui entraînera une nouvelle lignée d’Intelligence Artificielle.

Première apparition de David

Robot du futur

Le voyage de David (Spoiler Alerte)

La vision de Spielberg s’est donc étendue jusqu’au final du film, qu’il a entièrement écrit. Un pseudo « Happy end » déchirant.

Au coût d’un voyage aux confins de notre monde et après avoir franchi les limites du temps, David trouvera la rédemption. L’amour de sa mère. Et c’est bien là, l’essence même de la philosophie du scénario que Spielberg a incorporé à celui de Kubrick. Des centaines d’années plus tard les robots qui désormais règnent sur la terre trouvent leur « ancêtre », relatant les origines de leurs lignés. Une fierté pour eux, ils auraient même voulu le prendre comme guide spirituel, lui qui a connu les humains. Mais une violente opposition les sépare. Les robots du futur, eux se sont émancipés du carcan de l’être humain et vivent en totale autonomie sans aucune assistance. Les robots ont survécu à l’homme, ils sont donc devenu l’espèce dominante. Mais David lui a encore besoin des humains, surtout de sa mère.

Alors qu’une immensité de possibilité s’offre à David son seul et unique souhait est de revoir sa mère. Le temps qui a passé, qui a fait succomber l’humanité et la terre, n’a pas réussi à effacer sa mémoire et son amour. Les robots offrent donc une simulation de 24h pour que David puisse retrouver sa mère. Au bout de cette journée, où il put jouer et être aimé par Monica, son plus grand rêve fut réalisé.

Il était devenu un vrai petit garçon aux yeux de sa mère et il avait mérité son amour. Il finit donc par s’endormir à ses côtés. Comme les robots sont incapables de dormir, l’on peut aisément assimiler ce sommeil à la mort. Après avoir gagné l’amour de sa mère, et l’avoir perdu à tout jamais dans la même journée, David se donne la mort. Une mort consciente et assumée, car il a accompli son but et son rêve.

AI – un film à voir et à revoir

 

Je vous recommande donc de voir ou de revoir ce film, qui est un des plus beaux bijoux du metteur en scène. Bien qu’il ne soit pas réellement représentatif de la carrière du réalisateur. Il est tout de même l’aboutissement d’un projet qui s’est étendu sur plus de trente ans. La beauté lisse de Spielberg vient se mêler à la complexité esthétique et philosophique de Kubrick. Mais pour apprécier totalement ce long métrage il faut essayer de mettre de côté la présence de Stanley à travers ce film.

Spielberg a réécrit la majeure partie des séquences du film. Il s’est approprié le projet et en a fait son œuvre. il a réussi à incorporer de l’innocence et de la candeur en gardant l’aspect froid et critique de son ami Kubrick. On retrouve donc, tout naturellement la patte de Spielberg dans AI. Les questionnements de l’enfance, face à la violence du monde adulte, et le rêve d’un enfant qui souhaite plus que tout, le voir s’accomplir. Ce sont les thématiques fortes qui composent ce film et sa filmographie en général.

 

L’apogée Spielberguienne

 

AI représente l’apogée du talent du réalisateur. Après avoir créé des blockbusters cultissimes, (Jaws, Jurassic Parck) et des films qui ont fait s’incliner les plus grands (Rencontre du troisième type, La liste de Schindler). Spielberg réinvente son style et donne naissance à l’un des plus beaux et des plus intelligents films de notre histoire du cinéma.

AI questionne les fondements mêmes de ce qui fait de nous des humains, les émotions. Comment aimer un être différent ? Un robot peut il assimiler les émotions propres à l’humain ? Et à partir de là, qu’est ce qui resterait l’attribut qui différencie les êtres de chair et les êtres de métal ? Tant d’interrogation que ce film met en avant, sans forcément chercher des réponses. Juste de simples questionnements.

AI arrive donc aisément à se frayer une place parmi les grands films de SF traitant de la philosophie robotique. Il côtoie donc des chefs d’œuvres tels que Terminator, Ghost in the shell, Matrix ou encore 2001 l’Odyssée de l’espace.

Spielberg est arrivé à faire un film profond rempli de réflexion, mais capable d’être compréhensible par toutes les générations. Ainsi à travers cette relecture assumée du conte de Pinocchio, Spielberg réalise son film le plus abouti et peut-être même le plus familial. Spielberg est donc arrivé à s’émanciper du maître, et à créer son propre univers à travers AI.

Continue Reading
Click to comment

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *