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LA SURFACE DE RÉPARATION – Interview du réalisateur Christophe Régin

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Pour la sortie de son premier long-métrage, l’équipe d’EspritCine a rencontré le réalisateur Christophe Régin, en compagnie des acteurs Alice Isaaz et Moussa Mansaly

 

Est-ce que vous visiez de réaliser un film noir ?

Christophe Régin : Ah non. Je ne visais pas du tout un film noir, évidemment ça m’inspirait ce qui était vraiment important, enfin.. moi j’aime les films noirs qui mettent en avant des personnages des dilemmes moraux auxquels sont confrontés les personnages. Donc effectivement, je me disais se retrouvent dans une situation sombre en fait et qui se retrouvent face à des personnages.

Le personnage principal est exposé à des personnages qui sont presque des figures. Le footballeur en fin de carrière, la fille qui est une sorte de michtonneuse. C’est cette complexité que le personnage doit affronter qui me travaille et qui font le sens d’un bon film noir. On peut parler de James Grey, il m’intéresse aussi bcp pour ça. C’est toujours finalement des histoires de familles et faire le deuil où en tout cas rompre le lien avec sa famille qui est toujours questionné dans les films de James Grey.

 

La Surface de réparation – « Franck ne construit rien »

 

Le personnage de Franck a une vie entre parenthèse…?

Christophe Régin : Exactement. C’était ce qui m’intéressait. A la fois, il est intégré d’une manière un peu à la marge dans ce club et en même temps, finalement il a construit quelque chose pour gagner de l’argent, mais il ne construit rien. C’est à dire que tout ce qui fait sa vie est emprunté. Il vend des places mais finalement c’est pas ce qui fait de l’argent. Il a un appartement mais ce n’est pas le sien. La seule chose qui semble a lui, et qui en même temps est un lien avec son passé, c’est cette voiture. Il passe beaucoup de temps dans cette voiture. Il circule, il roule, il va d’un endroit à un autre, il observe les gens. C’est un peu sa carapace, sa seconde peau.

 

Il a le sens de la société. C’est un type bien en fait.

C.R : Ouais, pour moi, je l’ai toujours pensé comme un type bien. Après, cela me plait aussi de raconter que si il avait eu le destin de Djibril Azembert, ça n’aurait pas forcément été un type bien. Parce que d’un manière, le personnage de Djibril est une espèce de type un peu indolent, qui a réussi avec une certaine arrogance. Et finalement, peut-être que Franck aurait pu devenir comme ça. Donc effectivement, il a un rapport assez social et il est sociable avec le monde qui l’entoure. Ces petits gens, comme lui, orbitant dans le milieu du football, c’est aussi un moraliste. Quelqu’un qui dit non. Il inculque aux jeunes notamment qu’il fréquente, des valeurs avec lesquelles il a été construit au sein du FC Nantes, quand il faisait partis des jeunes joueurs.

 

« Ils veulent tellement vivre le football par procuration qu’on a l’impression qu’ils font parti intégrante du groupe. »

 

Franck espionne tout le temps les joueurs dans le film ?

Moussa Mansaly : Ayant vécu dans ce monde du foot, le rôle de Franck, d’espionner les joueurs, c’est une manière inconsciente de penser qu’il fait parti de l’équipe et qu’il est mandaté par le club pour espionner ces gens-là. Il y a une scène où le joueur se fait virer, Franck rentre dans les vestiaires, c’est à ce moment qu’on se rend compte qu’il ne fait pas parti du club. L’entraîneur lui dit : « tu n’as rien à faire là ». Mais si on ne voit pas cette scène, on pense qu’il est mandaté pour les jeunes alors que c’est lui se donne se rôle là. Je connais des gens qui n’ont pas réussi, qui se donnent le rôle d’avant ou « je suis assistant de tel joueur ».

Mais ils ne sont rien, ils ne sont même pas intermédiaire. Ils veulent tellement vivre le football par procuration qu’on a l’impression qu’ils font parti intégrante du groupe. Ainsi, le personnage de Franck c’est ça. La chose est très violente psychologiquement parce qu’il n’a pas réussi et qui ne fait pas parti du club. souvent il est rappelé à la réalité notamment dans cette scène. Donc même le fait d’espionner les joueurs, c’est juste lui dans sa tête. Il se dit « je vais espionner les joueurs pour aider le club ». Malheureusement, le club n’a rien demandé.

 

La Surface de réparation – « Le FC Nantes est un club de valeurs »

 

Pourquoi le FC Nantes ?

C.R : Le FC Nantes m’intéressait parce que finalement c’est un club qui dans l’imaginaire collectif dans le milieu du football a une tradition de club formateur. Il donne sa chance aux jeunes et leur donne la possibilité de faire autre chose si jamais ils n’y arrivent pas. C’est un club qui a des valeurs : l’esprit d’équipe, la solidarité, devenir un citoyen et un homme. Nantes me permettait d’inscrire mon personnage dans un club dont il peut se nourrir de ces valeurs car il passe lui-même à mettre ces valeurs en avant.

 

Le foot est un monde qui n’est pas transparent, avec l’argent par exemple. Vous avez demandé au dirigent du Club du FC Nantes pour les autorisations de tourner ?

C.R. :  Ils ont lu le scénario et ils n’ont rien dit par la suite. Je ne salie pas l’image du , ni le monde du football. Je voulais montrer dès le départ des gens qui aiment ce sport et qui aurait tout fait pour réussir. C’est aussi ce lien et cette discussion avec les dirigeants qui ont permis d’accepter notre tournage.

 

Comment vous êtes-vous documentés sur le foot ?

C.R. : J’ai toujours aimé ce sport, j’ai toujours suivi le foot. Mais ce qui m’a vraiment intéressé dans ce sport, ce sont ces petites histoires des coulisses. J’étais pas un grand supporter à suivre les équipes et les matchs avec mon écharpe. C’était pas du tout mon truc. J’aimais bien voir comment ce monde se construit. Donc oui, je me suis documenté et j’ai rencontré quelques joueurs. Après ça n’a pas toujours été évident parce que c’est un milieu assez fermé. Il y a aussi une part de mon côté, d’imaginer comment ça pouvait fonctionner. C’est un mélange des deux.

La Surface de réparation – « il a peut-être raison, mais ce n’est pas mon combat » 

 

Alice Issaz, comment voyez-vous votre personnage ?

Alice Issaz : Ce que j’ai aimé dans le personnage de Salomé, c’est de ne pas savoir d’où elle vient et où elle va. Elle a une liberté assez folle, elle peut disparaître, elle revient. J’ai apprécié cela. Je n’ai pas essayer de me raconter ce qu’elle a pu vivre. J’ai pas voulu m’inventer une vie antérieure et pour interpréter ce rôle je me suis dit « moi non plus, je ne sais rien de tout ça ». C’est ce qui m’a aidé.  Et puis ce que j’aime dans ce personnage de Salomé, comme Franck c’est un personnage qui vit un peu en marge du foot. Elle a quelque part une grande force, et en même temps une énorme fragilité. Quand j’ai lu le scénario, elle m’a vraiment touchée.

C.R. : c’est un personnage qui est dans le présent. Elle prend ce qu’elle peut prendre sans se poser de questions, sans se focaliser sur le regard des autres. C’est ce qui me plaisait, c’est un personnage difficile à écrire car il se basait sur une figure de michtonneuse dans le milieu du foot, et en même temps je voulais en faire un personnage qui avait du charisme qui était capable de bousculer Franck. Comme Franck, elle ne prend rien. Oui, elle passe de bons moments avec des footballeurs, et elle part. Elle ne leur a rien demandé. Mais ce que j’aime me raconter sur ce personnage, c’est qu’elle est une figure presque imaginaire pour Franck. On peut même se demander si ce n’est pas lui qui l’a imaginé. Elle rentre dans sa vie et le bouscule. Le côté fantasmatique de se personnage me plaisait beaucoup à l’écriture.

 

« Ils sont dans le même état d’esprit : ils ne se prennent pas la tête et vivent leur vie »

 

Moussa Mansaly : moi ce que j’aime bien dans le personnage de Salomé, elle dit « j’aime bien les footeux car ils se prennent pas la tête ». Et en fait, c’est qui fait peut-être, dans ce triangle des personnages, que Salomé et Djibril ont plus de facilité à se rapprocher sans se poser de questions. Ils sont dans le même état d’esprit : ils ne se prennent pas la tête et vivent leur vie. Ce que j’ai perçu, ce que chacun voit dans le personnage de Franck c’est une force que eux n’ont pas. Il a la force de se battre et de continuer. C’est à dire que, autant Djibril, dans sa carrière, il ne s’est pas posé de questions. C’est arrivé, c’est comme ça.

Et pour le personnage de Salomé, la vie a fait qu’elle est très carpe diem, elle ne se prend pas la tête. Elle ne se pose pas les bonnes questions surtout quand Franck lui demande de partir avec, elle a toujours ce truc de se dire « il a peut-être raison, mais ce n’est pas mon combat ». Et c’est ce qui est intéressant, cette spécificité dans la psychologie de son personnage. On ne cherche pas à savoir si c’est une michtonneuse ou non, elle fait sa vie comme elle l’entend et fait ses propres choix. C’est sûrement ce qui fait que Franck est attiré par elle. Elle a cette facilité d’être dans certain milieu, et de se sortir de situations sans se prendre la tête.

 

« Alice n’a aucun état d’âme »

 

Selon vous, Alice Isaaz, qu’est ce qu’elle devient Salomé ?

Alice Isaaz : Je ne me suis pas posée la question et je n’ai pas envie de me la poser.

Moussa Mansaly: Alice n’a aucun état d’âme. C’est marrant, car cela résume toute la psychologie des personnages. Ni trop dark, ni trop lumineux. Elle regarde Djibril et Franck se battre comme des enfants, ça lui fait ni chaud ni froid.

Christophe Régin :  Elle porte une touche de nostalgie malgré son jeune âge. Il y a quand même une forme de fatigue dans son regard. Franck lui propose le Brésil et elle n’ira pas, mais elle a quand même envie qu’on lui propose le Brésil. Elle a envie qu’on la sorte de ça de cette vie. Et en même temps non, elle est quand même attirée par ce qu’elle a toujours été.

M. M. : Je dirais que même sur la scène du combat pour moi par rapport à Salomé, c’est-là qu’elle a la réponse à ses questions ou qu’elle aurait pu avoir par rapport à tout ça. En fait, Djibril ou Franck c’est bonnet blanc, blanc bonnet. Elle fait sa vie. Elle continue à faire sa vie…

 

 » J’ai pris plaisir à jouer le connard parce que en surface il a l’air du joueur bête et con. »

 

Votre personnage de Djibril est un peu humiliant…

Moussa Mansaly : (rire) Je vais vous dire la vérité. J’ai pris plaisir à jouer le connard parce que en surface il a l’air du joueur bête et con. Mais en fait, ce n’est même pas du vice. C’est à dire que parfois on a l’impression qu’il est hautain, il ne l’est pas vraiment. Il est ce qu’il est. Ce n’est pas méchant, même lorsqu’il demande à Franck de réparer sa voiture. Sur le coup, il lui demande, ça aurait pû être n’importe qui en face de lui, il aurait fait la même chose. Ce n’est pas le fait que ce soit Franck, c’est le fait que lui, il sait que c’est Djibril Azembert.

Toute sa vie, ça a été comme ça. C’est un joueur, il a été demandé, il est un peu connu. Donc toute sa vie, il est confronté à des gens comme Franck. Inconsciemment, il reproduit ça. Il est devenu l’enfant gâté, enfin le footballeur gâté. Une personne vraiment imbus de sa personne ne descend pas pour parler avec les jeunes. Lui (Djibril) est là, il vient et va parler et rigoler avec les jeunes. Du coup, c’était vraiment intéressant de jouer le connard mais avec des dimensions comme celles là, celles que Christophe lui a donné.

 

La Surface de réparation – « Une histoire d’amour se dégage du film »

 

Est-ce que vous avez peur que le propos « footballistique » bien qu’en arrière plan soit présent, qu’il détourne un peu une partie du public du film ? Déjà le nom « Surface de réparation » suppose que l’on va parler de foot pendant un bon moment…

C.R. : Je pense que ça ne se joue pas que par rapport au titre, je pense que les gens ont vu la bande annonce, qu’ils connaissent l’histoire. Il y aura le mot foot mais le but du jeu c’est que les gens se disent « apparement, ça se passe dans le milieu du foot, mais c’est beaucoup plus que ça ». C’est vraiment une chose à laquelle je tiens. On n’y échappe pas, c’est sûr. C’est un risque.

Alice Issaz : On a fait l’émission « Tout le cinéma », où ils ont fait une enquête en montrant dans la rue l’affiche du film en disant « à votre avis, quel est le thème du film ? ». Bizarrement, il n’y en a pas un qui a répondu « le foot ». Donc, moi, je ne pense pas que ça puisse détourner les gens en regardant la bande annonce. Il y autre chose qui ressort du film notamment l’histoire d’amour.

 

« les comédiens ont trouvé très vite leurs marques »

 

On retrouve beaucoup de plans de séquence. Etait-ce une attention de votre part ? Etait-ce compliqué pour les acteurs de jouer ces plans ?

C.R : Alors au départ, il y avait des séquences qui étaient prévues en plan séquence. Et au fur et à mesure du tournage, les comédiens ont trouvé très vite leurs marques. Il y avait certaines séquences où Franck Gastambide (c’était son premier rôle dramatique, au passage), je me disais qu’on n’allait pas tout de suite se jeter dans des plans séquences, mais vu que j’ai vu rapidement que tous les comédiens portaient leur personnage, j’ai pu réalisé mes plans de séquences. D’habitude durant un tournage, on doit changer beaucoup de choses : le décor, les plans… Je n’irai pas dire qu’on a été jusqu’à improviser, mais on a essayé de trouver d’autres façon de filmer. 

Alice Isaaz : J’adore ! Je trouve que toutes les scènes s’y prêtaient. Quand on a l’opportunité de faire des plans séquences dans un film, je trouve ça génial. Ce n’est pas plus facile que…c’est même ce qu’il y a le plus difficile finalement aussi bien d’un point de vu technique que pour le jeu d’acteurs. Et quand il y a un début de scène géniale, et d’un coup un acteur accroche ou se trompe, c’est chiant car on ne peut pas couper la scène lors du montage.

 

La Surface de réparation –  » En fait, Franck c’est moi »

 

Est-ce le personnage de Djibril peut être vu comme un déclic pour Franck ?

M.M : Au début du film, quand il est dans le club Franck est content. Il a accepté son mode de vie. Il se dit : « ce n’est pas plus mal, je tombe sur cette femme ». Une histoire d’amour commence à naître. Mais en même temps, il s’occupe de loin d’un jeune qui est le mélange entre Djibril et lui. Quand Djibril arrive, il casse tout : d’un côté, le jeune ne peut pas monter en puissance puisque Djibril a été pris et ça, ça lui met un coup. Ensuite, Salomé (la femme avec qui il aimerait vivre une histoire d’amour) part dans les bras de Djibril. C’est un cercle vicieux : toute sa vie et toutes ses frustrations se traduisent en une personne : Djibril. Donc Franck craque…

C.R. : Effectivement, le premier déclic c’est l’arrivée de Salomé. Mais ce qui va tout faire exploser, c’est évidemment l’arrivée de Djibril.

 

Au final, est-ce un film autobiographique ?

C.R. : Bien-sûr. Très autobiographique même. Avec ma propre expérience, dans le milieu du cinéma où j’ai évolué, on retrouve ces destins brisés, ces personnes qui auraient aimé devenir ça ou ça. Je me retrouve beaucoup dans ce personnage de Franck. J’ai fais mon premier film à quarante ans. Avant j’ai un peu galéré, j’ai fais des courts-métrages…mais voilà tout le monde n’y arrive pas mais trouve une place ailleurs. Inconsciemment, ça m’a beaucoup inspiré. Chaque jours, j’y repense et je me dis « ah ouais…mais ça aussi c’est moi ».

 

 

Retrouvez notre critique et regardez la bande annonce du film.

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