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A l’occasion de l’avant-première du film LE BRIO, EspritCine.fr est allé à la rencontre du comédien réalisateur Yvan Attal. Avec LE BRIO, il revient en tant que réalisateur. A retrouver dans vos salles le 22 Novembre.

 

LE BRIO – « Il n’y a pas de déterminisme »

 

Peut-on y voir un film sur le pouvoir des mots ?

Yvan Attal : « C’est justement comme ça qu’il faut le voir. Mais ce n’est pas un film sur l’éloquence. C’est un prétexte, pour parler d’autre chose. Par exemple, du fait que le langage est une arme supplémentaire pour affronter beaucoup de choses dans la vie. Pour moi l’apprentissage de la langue est fondamental pour ne pas rester à l’endroit où on est né. LE BRIO raconte qu’il n’y a pas de déterminisme. Qu’on peut s’en sortir, qu’il faut arrêter de se poser comme victime. C’est ce qu’essaye, malgré tout, de lui expliquer son professeur, incarné par Daniel Auteuil.

Mais il y a un autre sujet dans le film : c’est le rapport que l’on a à notre pays. Même si l’on vient d’un autre pays, qu’on a une autre culture, quand on vit en France, il y a un certain nombre de choses à notre disposition. Et c’est dommage de ne pas se les approprier. Dans LE BRIO, il y a un prologue : avec Levi Strauss qui parle du monde dans lequel il finit son existence qu’il n’aime pas beaucoup, avec Gainsbourg qui parle des mots, et avec Brel qui parle de la bêtise qui serait quelqu’un qui ne fait pas d’effort pour s’en sortir. En fait, je pense que le film se résume dans ce prologue. »

 

LE BRIO – « Daniel Auteuil était une espèce d’évidence »

 

Pourquoi avoir choisi Daniel Auteuil pour jouer ce professeur antipathique ?

Yvan Attal : « Quand on écrit un scénario et qu’on se retrouve avec des acteurs à caster, on se demande quels sont les acteurs qui ont l’âge du rôle, qui ont la nature du rôle, les qualités que l’on recherche et qui ont du talent. Dans chaque case, il n’y en a plus beaucoup… Donc Daniel était une espèce d’évidence. Il faisait aussi partie des acteurs avec qui je voulais travailler. Je trouvais que Daniel était un grand acteur, qu’il correspondait au rôle et j’avais envie de travailler avec lui… Alors pourquoi pas ? »

 

LE BRIO – « Je me sens proche de cette histoire »

 

Au départ, le film est un scénario qu’on vous a envoyé…

Yvan Attal : « On m’a donné une version du BRIO qui était quand même assez loin du film. Mais il y avait une histoire qui m’intéressait. Je me sens proche de cette histoire. Je peux dire que cette fille, c’est moi. J’ai grandi dans une cité à côté de Paris. Mes parents viennent d’Algérie. Je n’ai pas grandi dans une famille où on me donnait des livres à lire, des films à voir et des musiques à écouter. En m’inscrivant dans un cours de théâtre, j’ai commencé à découvrir des auteurs et à avoir un parcours qui, à mon avis, ne m’était pas prédestiné.

Donc cette histoire m’a touché personnellement. Le scénario était assez différent. C’était beaucoup plus une comédie. C’était très « joli », au sens mièvre du terme. On se perdait beaucoup dans la cité. Mais il y avait ce parcours que j’avais envie de raconter. Je pensais que c’était moins une comédie que ce qui était écrit. Quand les producteurs sont venus me voir, je leur ai dit que ça m’intéressait si on en faisait une version un peu différente. Mais en général, quand on propose un scénario à un metteur en scène, on veut qu’il se réapproprie les choses. »

 

LE BRIO – « Il faut savoir écouter les mots et ne pas se lancer dans leur interprétation rapide »

 

Qu’est ce qui vous a intéressé dans le scénario?

Yvan Attal : « Ce qui m’intéressait dans l’histoire, c’était le rapport à l’interprétation des choses. Aujourd’hui, on voit bien, à cause de Twitter, qu’on peut sortir une phrase de son contexte. Sortie du contexte, un certain nombre de gens, la récupère et veulent en donner une interprétation. A aucun moment, si on regarde bien, le personnage de Daniel ne tient de propos racistes. Il y a quelque chose d’intéressant dans cette première scène. Quand il dit « typique », l’assistance proteste en disant que c’est du racisme. Mais typique de quoi ? Il n’a pas eu le temps de s’expliquer, qu’il était déjà accusé de raciste.

Et, si on regarde bien, il y a même un plan de Camélia qui en veut aux élèves puisqu’elle se rend compte qu’elle est regardée comme ça. Elle se sent agressée. Et peut être plus par l’assemblée qui l’a vue comme une arabe alors que, pour l’instant, il n’y avait absolument pas de ça dans les propos du professeur. Donc c’est ce que je trouvais aussi intéressant. Il faut aussi savoir écouter les mots et ne pas se lancer dans l’interprétation rapide des mots. Après il en joue, évidemment. Mais objectivement, il n’y a a rien de raciste dans ce qu’il dit. Il n’est pas attaquable en réalité. »

 

LE BRIO – « C’était très agréable d’arrêter de travailler seul sur un scénario »

 

Avez-vous travaillé avec les auteurs de ce scénario original ?

Yvan Attal : « Quand on m’a proposé le scénario, je trouvais ça plus élégant de continuer avec ceux qui avaient écrit la première version. Je n’avais pas envie de m’en débarrasser comme c’est la coutume. Je trouvais que des gens qui avaient eu l’idée, qui avaient écrit un script et qui avaient accepté de le laisser à quelqu’un d’autre, c’était bien, au moins, de tenter. Le travail s’est bien passé puisqu’ils ont accepté de balayer un certain nombre de choses qui étaient dans leur version et d’aller dans ma direction. Et donc on a réécrit le scénario ensemble. Pour moi, c’était très agréable d’arrêter de travailler seul sur un scénario. »

 

LE BRIO – « Quand on écrit un scénario, on ne sait pas combien de temps on met pour arriver au bout de l’écriture »

 

Pourquoi ?

Yvan Attal : « Quand on est seul, on est seul. Ce n’est pas très gai, c’est angoissant. Il y a du plaisir. Mais en même temps, quand plusieurs imaginaires viennent s’additionner et se confronter, en général, c’est mieux. A la fois, il y a a une plus value d’idées, de réflexions etc. Ensuite, j’en ai marre d’écrire. Je veux réaliser des films. Je préfère donner des sujets à des gens qui commencent à écrire sans moi. Comme ça, on peut essayer de tourner à un bon rythme.

Quand on écrit un scénario, on est devant une feuille blanche et on ne sait pas combien de temps on met pour arriver au bout de l’écriture. C’est mieux d’avoir un ou deux scripts d’avance et réaliser des films un peu plus vite. Quand on n’a pas écrit tout seul, on est plus libre. Quand on est seul à avoir écrit une chose, il y a une espèce de Dieu sur le plateau : l’auteur. Il pense tout savoir. Mais quand les acteurs arrivent, que les caméras se mettent en place et qu’un projecteur s’allume, ce n‘est peut être plus la vérité. Il y a peut être des choses à voir autrement. Quand on a écrit, on est moins ouvert aux idées des gens, aux propositions, à la remise en question. »

 

LE BRIO – « Il y a un moment où il faut secouer l’élève »

 

Vous disiez que vous vous identifiez au personnage de Camélia Jordana. Vous est-il arrivé de vous sentir blessé par un professeur ?

Yvan Attal : « Ça arrive qu’un professeur vous humilie d’une certaine manière. Moi je ne l’ai jamais ressenti comme tel. Cela ne m’a jamais blessé au point de m’empêcher de continuer. Mais j’ai vu des élèves être blessés. Je pense qu’à un moment, on ne peut pas s’empêcher de secouer les gens. Il faut faire comprendre à un acteur qu’il ne faut pas rester dans une chose un peu confortable. Qu’il faut essayer de se faire violence. Du coup, des fois, il y a une manière de dire les choses qui peut être brutale. Et dans un cours de théâtre, c’est assez fréquent.

Un jour on m’a attaché à une chaise pour me faire comprendre que je n’étais pas obligé de jouer trop avec mes mains. Mais des fois, des professeurs se permettent de dire des choses qui font du mal. Daniel, dans le film, est dur avec Camélia, à sa manière. Mais dans tous les domaines, il y a un moment où il faut secouer l’élève. Et ça peut être assez violent. Même si ce n’est pas forcément malveillant. »

 

LE BRIO – «  J’ai essayé de chapitrer le film d’interventions »

 

Avez-vous assisté à ces concours d’éloquence ?

Yvan Attal : « Oui. J’ai été assez surpris. Je m’attendais à plus de brio. En fait, il y a une thèse. L’un doit dire oui, l’autre doit dire non. Mais ces personnes préparent chez eux, il n’y a rien de spontané. C’est un peu moins impressionnant. Ils préparent… Ils font une dissertation qu’ils vont réciter devant une assistance. Cela n’empêche pas qu’ils soient doués. En fait je crois que j’avais envie de ponctuer le film d’interventions comme celles-là. J’ai essayé de chapitrer le film d’interventions. Pour eux c’est une adrénaline de devoir convaincre une assistance de la culpabilité ou de l’innocence de leur client. Évidemment, il faut un esprit futé pour exercer ce métier. Mais les concours d’éloquence sont préparés donc un peu moins impressionnants. »

 

Etait-ce important de montrer ce que devient le personnage de Camélia ?

Yvan Attal : « Oui. Je voulais montrer qu’à la fois il y avait une vraie transmission, qu’on voit que, dans sa vie professionnelle, elle a gardé l’héritage de son professeur et qu’elle est capable de rester elle -même. C’est sa vraie richesse.

 

Découvrez notre critique du film !

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