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INTERVIEW

LE BRIO – Interview du réalisateur Yvan Attal

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A l’occasion de l’avant-première du film LE BRIO, EspritCine.fr est allé à la rencontre du comédien réalisateur Yvan Attal. Avec LE BRIO, il revient en tant que réalisateur. A retrouver dans vos salles le 22 Novembre.

 

LE BRIO – « Il n’y a pas de déterminisme »

 

Peut-on y voir un film sur le pouvoir des mots ?

Yvan Attal : « C’est justement comme ça qu’il faut le voir. Mais ce n’est pas un film sur l’éloquence. C’est un prétexte, pour parler d’autre chose. Par exemple, du fait que le langage est une arme supplémentaire pour affronter beaucoup de choses dans la vie. Pour moi l’apprentissage de la langue est fondamental pour ne pas rester à l’endroit où on est né. LE BRIO raconte qu’il n’y a pas de déterminisme. Qu’on peut s’en sortir, qu’il faut arrêter de se poser comme victime. C’est ce qu’essaye, malgré tout, de lui expliquer son professeur, incarné par Daniel Auteuil.

Mais il y a un autre sujet dans le film : c’est le rapport que l’on a à notre pays. Même si l’on vient d’un autre pays, qu’on a une autre culture, quand on vit en France, il y a un certain nombre de choses à notre disposition. Et c’est dommage de ne pas se les approprier. Dans LE BRIO, il y a un prologue : avec Levi Strauss qui parle du monde dans lequel il finit son existence qu’il n’aime pas beaucoup, avec Gainsbourg qui parle des mots, et avec Brel qui parle de la bêtise qui serait quelqu’un qui ne fait pas d’effort pour s’en sortir. En fait, je pense que le film se résume dans ce prologue. »

 

LE BRIO – « Daniel Auteuil était une espèce d’évidence »

 

Pourquoi avoir choisi Daniel Auteuil pour jouer ce professeur antipathique ?

Yvan Attal : « Quand on écrit un scénario et qu’on se retrouve avec des acteurs à caster, on se demande quels sont les acteurs qui ont l’âge du rôle, qui ont la nature du rôle, les qualités que l’on recherche et qui ont du talent. Dans chaque case, il n’y en a plus beaucoup… Donc Daniel était une espèce d’évidence. Il faisait aussi partie des acteurs avec qui je voulais travailler. Je trouvais que Daniel était un grand acteur, qu’il correspondait au rôle et j’avais envie de travailler avec lui… Alors pourquoi pas ? »

 

LE BRIO – « Je me sens proche de cette histoire »

 

Au départ, le film est un scénario qu’on vous a envoyé…

Yvan Attal : « On m’a donné une version du BRIO qui était quand même assez loin du film. Mais il y avait une histoire qui m’intéressait. Je me sens proche de cette histoire. Je peux dire que cette fille, c’est moi. J’ai grandi dans une cité à côté de Paris. Mes parents viennent d’Algérie. Je n’ai pas grandi dans une famille où on me donnait des livres à lire, des films à voir et des musiques à écouter. En m’inscrivant dans un cours de théâtre, j’ai commencé à découvrir des auteurs et à avoir un parcours qui, à mon avis, ne m’était pas prédestiné.

Donc cette histoire m’a touché personnellement. Le scénario était assez différent. C’était beaucoup plus une comédie. C’était très « joli », au sens mièvre du terme. On se perdait beaucoup dans la cité. Mais il y avait ce parcours que j’avais envie de raconter. Je pensais que c’était moins une comédie que ce qui était écrit. Quand les producteurs sont venus me voir, je leur ai dit que ça m’intéressait si on en faisait une version un peu différente. Mais en général, quand on propose un scénario à un metteur en scène, on veut qu’il se réapproprie les choses. »

 

LE BRIO – « Il faut savoir écouter les mots et ne pas se lancer dans leur interprétation rapide »

 

Qu’est ce qui vous a intéressé dans le scénario?

Yvan Attal : « Ce qui m’intéressait dans l’histoire, c’était le rapport à l’interprétation des choses. Aujourd’hui, on voit bien, à cause de Twitter, qu’on peut sortir une phrase de son contexte. Sortie du contexte, un certain nombre de gens, la récupère et veulent en donner une interprétation. A aucun moment, si on regarde bien, le personnage de Daniel ne tient de propos racistes. Il y a quelque chose d’intéressant dans cette première scène. Quand il dit « typique », l’assistance proteste en disant que c’est du racisme. Mais typique de quoi ? Il n’a pas eu le temps de s’expliquer, qu’il était déjà accusé de raciste.

Et, si on regarde bien, il y a même un plan de Camélia qui en veut aux élèves puisqu’elle se rend compte qu’elle est regardée comme ça. Elle se sent agressée. Et peut être plus par l’assemblée qui l’a vue comme une arabe alors que, pour l’instant, il n’y avait absolument pas de ça dans les propos du professeur. Donc c’est ce que je trouvais aussi intéressant. Il faut aussi savoir écouter les mots et ne pas se lancer dans l’interprétation rapide des mots. Après il en joue, évidemment. Mais objectivement, il n’y a a rien de raciste dans ce qu’il dit. Il n’est pas attaquable en réalité. »

 

LE BRIO – « C’était très agréable d’arrêter de travailler seul sur un scénario »

 

Avez-vous travaillé avec les auteurs de ce scénario original ?

Yvan Attal : « Quand on m’a proposé le scénario, je trouvais ça plus élégant de continuer avec ceux qui avaient écrit la première version. Je n’avais pas envie de m’en débarrasser comme c’est la coutume. Je trouvais que des gens qui avaient eu l’idée, qui avaient écrit un script et qui avaient accepté de le laisser à quelqu’un d’autre, c’était bien, au moins, de tenter. Le travail s’est bien passé puisqu’ils ont accepté de balayer un certain nombre de choses qui étaient dans leur version et d’aller dans ma direction. Et donc on a réécrit le scénario ensemble. Pour moi, c’était très agréable d’arrêter de travailler seul sur un scénario. »

 

LE BRIO – « Quand on écrit un scénario, on ne sait pas combien de temps on met pour arriver au bout de l’écriture »

 

Pourquoi ?

Yvan Attal : « Quand on est seul, on est seul. Ce n’est pas très gai, c’est angoissant. Il y a du plaisir. Mais en même temps, quand plusieurs imaginaires viennent s’additionner et se confronter, en général, c’est mieux. A la fois, il y a a une plus value d’idées, de réflexions etc. Ensuite, j’en ai marre d’écrire. Je veux réaliser des films. Je préfère donner des sujets à des gens qui commencent à écrire sans moi. Comme ça, on peut essayer de tourner à un bon rythme.

Quand on écrit un scénario, on est devant une feuille blanche et on ne sait pas combien de temps on met pour arriver au bout de l’écriture. C’est mieux d’avoir un ou deux scripts d’avance et réaliser des films un peu plus vite. Quand on n’a pas écrit tout seul, on est plus libre. Quand on est seul à avoir écrit une chose, il y a une espèce de Dieu sur le plateau : l’auteur. Il pense tout savoir. Mais quand les acteurs arrivent, que les caméras se mettent en place et qu’un projecteur s’allume, ce n‘est peut être plus la vérité. Il y a peut être des choses à voir autrement. Quand on a écrit, on est moins ouvert aux idées des gens, aux propositions, à la remise en question. »

 

LE BRIO – « Il y a un moment où il faut secouer l’élève »

 

Vous disiez que vous vous identifiez au personnage de Camélia Jordana. Vous est-il arrivé de vous sentir blessé par un professeur ?

Yvan Attal : « Ça arrive qu’un professeur vous humilie d’une certaine manière. Moi je ne l’ai jamais ressenti comme tel. Cela ne m’a jamais blessé au point de m’empêcher de continuer. Mais j’ai vu des élèves être blessés. Je pense qu’à un moment, on ne peut pas s’empêcher de secouer les gens. Il faut faire comprendre à un acteur qu’il ne faut pas rester dans une chose un peu confortable. Qu’il faut essayer de se faire violence. Du coup, des fois, il y a une manière de dire les choses qui peut être brutale. Et dans un cours de théâtre, c’est assez fréquent.

Un jour on m’a attaché à une chaise pour me faire comprendre que je n’étais pas obligé de jouer trop avec mes mains. Mais des fois, des professeurs se permettent de dire des choses qui font du mal. Daniel, dans le film, est dur avec Camélia, à sa manière. Mais dans tous les domaines, il y a un moment où il faut secouer l’élève. Et ça peut être assez violent. Même si ce n’est pas forcément malveillant. »

 

LE BRIO – «  J’ai essayé de chapitrer le film d’interventions »

 

Avez-vous assisté à ces concours d’éloquence ?

Yvan Attal : « Oui. J’ai été assez surpris. Je m’attendais à plus de brio. En fait, il y a une thèse. L’un doit dire oui, l’autre doit dire non. Mais ces personnes préparent chez eux, il n’y a rien de spontané. C’est un peu moins impressionnant. Ils préparent… Ils font une dissertation qu’ils vont réciter devant une assistance. Cela n’empêche pas qu’ils soient doués. En fait je crois que j’avais envie de ponctuer le film d’interventions comme celles-là. J’ai essayé de chapitrer le film d’interventions. Pour eux c’est une adrénaline de devoir convaincre une assistance de la culpabilité ou de l’innocence de leur client. Évidemment, il faut un esprit futé pour exercer ce métier. Mais les concours d’éloquence sont préparés donc un peu moins impressionnants. »

 

Etait-ce important de montrer ce que devient le personnage de Camélia ?

Yvan Attal : « Oui. Je voulais montrer qu’à la fois il y avait une vraie transmission, qu’on voit que, dans sa vie professionnelle, elle a gardé l’héritage de son professeur et qu’elle est capable de rester elle -même. C’est sa vraie richesse.

 

Découvrez notre critique du film !

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ASIATHEQUE

Vanishing Time : Interview du réalisateur Um Tae-Hwa

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Um Tae-Hwa - Vanishing time

 EspritCine était au FFCP (Festival du film coréen de Paris) il y a quelques semaines. On a d’ailleurs pu y rencontrer Um Tae-Hwa et lui poser quelques questions sur son dernier film Vanishing Time.

 

« A partir du moment où on prend conscience de la solitude, c’est là que l’on devient adulte »

 

Dans Vanishing Time, pourquoi avez vous choisi d’aborder des thématiques d’adultes du point de vue d’un enfant ?

« Le vrai sujet de ce film c’est, « qu’est ce que c’est de devenir adulte? ». A partir du moment où on prend conscience de la solitude, c’est à ce moment que l’on devient adulte. Je pensais que c’était plus adéquat de parler de cette vision des choses depuis le regard d’un enfant.

 

Est ce que le genre du romantisme fantastique abordé dans le film vous a été inspiré des mangas ou de l’animation japonaise?

« Vous avez été très perspicace car j’adore les mangas notamment ceux de Miyazaki , ainsi que Dragon Ball depuis que je suis petit. Je me suis pas mal inspiré de l’animation docteur Slump. C’est vrai que dans le manga on voit le personnage principal qui part dans un espace temps arrêté et qui revient en étant plus âgé. C’est ce côté là qui m’a inspiré. Il y a ce point commun entre les mangas au Japon qu’on catalogue de romantique fantastique et Vanishing Time. »

 

« Je pense que dans mes films il y a un fil conducteur »

 

Donc finalement vous livrez un peu votre enfance dans ce film?

 » J’ai pensé quand j’avais 9-10 ans à ma première petite amie. Je me suis dit, qu’est ce que ça ferait si je la retrouvais justement en étant adulte. Qu’est ce que je ressentirais? Et à un moment donné, je me suis dit que ce serait plus différent et nouveau de se dire : si le temps s’arrête, que je deviens plus vieux de 15 ans et l’a retrouve elle, toujours enfant. Je me suis imaginé ce genre de chose donc oui dans un sens ça peut parler de mon enfance. »

 

Est ce que Vanishing Time est pour vous un film hommage aux films que vous avez fait en tant qu’assistant réalisateur? Notamment avec Park Chan-wook.

« Je pense que dans mes films il y a une sorte de fil conducteur que j’aime garder. Celui de la solitude, de l’empathie.. notamment dans Vanishing Time. Par rapport aux autres films auxquels j’ai collaboré dont ceux de Park Chan-wook, j’ai beaucoup appris grâce à lui. Par exemple, lorsque je dois prendre une décision sur une situation, j’ai tendance à beaucoup réfléchir tandis que Park Chan-wook est plus sur l’instinct. Il m’a toujours dit de faire confiance en mon instinct. Cela m’a toujours fait pensé au concept du rêve. Quand vous rêvez vous ne savez pas instantanément ce que votre rêve veut dire, la raison pour laquelle vous l’avez fait. Et avec le recul, vous trouvez les réponses. Des éléments mélangés que votre inconscient va reconstruire. C’est ce genre de chose que j’ai appris grâce à cette expérience d’assistant réalisateur. »

 

« Pour Sung-min le choix a été évident »

 

Comment s’est passé le casting, est ce que le choix des acteurs a été une évidence pour vous?

« Pour le personnage de Su-rin c’est difficile de trouver une actrice dans ces âges car en Corée il y a une tendance. Les jeunes filles sont plus intéressées de devenir un membre d’un groupe d’Idol. J’ai donc été obligé de faire un casting en voyant ces jeunes filles qui sont normalement destinées à être des chanteuses dans des groupes. Je suis tombé sur Shin Eun-soo qui n’avait jamais tourné de film. Je l’ai choisi car elle n’avait jamais joué mais son visage me parlait. Elle avait l’air de coller au personnage. On l’a donc entraîné à jouer et à être à l’aise devant la caméra.

Pour Sung-min le choix a été évident car je recherchais un homme trentenaire qui avait aussi un côté assez jeune garçon. C’est ce qui correspond à l’acteur Kang Dong-won. En plus, il a effectivement la belle gueule comme on dit en Corée , comme s’il sortait d’un manga. C’est exactement ce qu’on recherchait donc je lui ai proposé le rôle et il a de suite accepté. »

 

« Faire un film c’est un peu comme écrire son journal intime »

 

Le film a été récompensé il y a peu, vous vous y attendiez? Qu ‘est ce que cela vous fait? Est ce un aboutissement en tant que réalisateur?

 » Au départ, je ne pensais pas que le film aurait du succès . Il est vrai qu’avec le recul on a tendance à se dire une fois fini : « J’aurai peut être du faire comme ça ou faire ça autrement etc ». C’est cela auquel j’ai pensé plutôt qu’au résultat, au succès. Pour moi faire un film c’est un peu comme écrire son journal intime, j’adore prendre des photos. J’aimerai plus tard revisionner mon film de l’époque et me retrouver dedans. C’est peut-être pour ça que je continue à faire du cinéma. »

 

Et donc quel est votre prochain projet?

« C’est plus ou moins dans la continuité de mes deux précédents films mais tourné différemment, plus sombre. L’histoire d’une fille qui par les médias , développe une sorte de syndrome et devient quelqu’un de très important et très connu. Il s’avère que cette personne a été disparu un certain temps. Et durant sa disparition elle a changé d’identité et cherche à nuire à son entourage. Comme si Su-rin dans Vanishing Time grandit et se mettait à tuer les personnes qui ne l’ont pas crus quand elle était jeune. »

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INTERVIEW

C’EST TOUT POUR MOI – Interview de l’actrice/réalisatrice Nawell Madani et de Mimoun Benabderrahmane

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A l’occasion de l’avant-première de C’EST TOUT POUR MOI, EspritCine est allé à la rencontre de Nawell Madani et de Mimoun Benabderrahmane. Réalisé par Nawell Madani et Ludovic Colbeau-Justin, il est à retrouver dans vos salles le 29 novembre 2017.

 

C’EST TOUT POUR MOI – « Je n’ai pas peur dans la vie. »

 

Vous êtes actrice et réalisatrice du film. Pourquoi avoir choisi de faire les deux ?

Nawell Madani : « J’ai écris le film. On cherchait un réal pour retranscrire ce que j’avais en tête. Au fur et à mesure des rencontres, j’ai vu que j’étais très exigeante. Je ne voulais pas tomber dans le cliché. Par exemple, je ne voulais pas un papa avec un accent. On aurait pensé que c’est juste un papa d’origine maghrébine qui bloque sa fille dans son émancipation.

Mon histoire est beaucoup plus universelle que ça. C’est juste l’histoire d’un père qui a peur de perdre sa fille puisqu’il a peur qu’elle se perde. Et elle se perd. Mais ça, ça n’a pas de culture. Ça n’a pas de convention, ni de tradition. C’est juste une histoire qui peut arriver dans n’importe quelle famille. Quand on avançait dans le travail sur le film, je voyais que j’étais très exigeante. J’ai donc proposé au frère du producteur, qui est chef opérateur depuis 20 ans, de m’accompagner et il a trouvé qu’il n’y avait qu’une personne comme moi pour porter ce film là. »

 

N’avez-vous pas eu peur de demander à François Berléand de jouer avec vous ?

Nawell Madani : « Pas du tout. Je n’ai pas peur dans la vie. Si je ne sais pas faire, je vais apprendre. Si ça me dépasse, je me fais accompagner. C’est pour ça que j’ai pris un chef opérateur. Pour qu’il soit au cadrage et à la lumière. Moi je me suis occupée de tout le reste : montage, mixage, casting, … »

 

C’EST TOUT POUR MOI – « J’ai puisé dans mon expérience »

 

Diriez-vous que le personnage de Lila est, en réalité, vous ?

Nawell Madani : « J’ai galéré pendant 12 ans. J’ai été brûlée au troisième degré à l’âge de 2 ans et demi… Mais ce n’est pas la même histoire. Ma mère est en vie. Elle a beaucoup compté dans ma vie. Je l’’ai enlevée du film puisque la dame qui devait jouer son rôle, je l’ai rencontrée pendant mes cours de théâtre. Elle était d’origine maghrébine. Cela m’a surprise de voir une femme d’une cinquantaine d’années pousser les portes d’un cours de théâtre. De là, on a commencé à discuter, on s’est liées d’amitié. On a commencé à travailler ensemble sur quelques scènes.

Je lui ai dit « Le jour où je réalise un film, je voudrais que tu joues ma mère. » Elle a accepté. Pendant environ 7 ans, on s’est suivies l’une et l’autre. Le jour où j’ai commencé la préparation de mon film, elle m’a annoncé qu’elle avait un cancer. Je me voyais mal caster une nouvelle femme. Le jour de mon clap de fin, elle est partie. Je lui rends d’ailleurs hommage avec ce film. Donc non, ce n’est pas mon histoire. Mais, forcément, il y a mon regard. J’ai écrit sur des événements que je maîtrisais au lieu de créer un événement artificiel. J’ai puisé dans mon expérience mais cela ne veut pas forcément dire que c’est mon histoire. »

 

C’EST TOUT POUR MOI – « Je voulais montrer que tout était possible »

 

Votre film, C’EST TOUT POUR MOI, retrace le parcours initiatique de Lila. Il s’agit d’un film plein d’espoir. Direz-vous que « Quand on veut, on peut » ?

Nawell Madani : « Oui ! Moi je viens de Belgique. Mon père est chauffeur de taxi, ma mère infirmière de nuit. Le théâtre, c’était loin de moi. Je n’avais jamais pris un cours de théâtre, j’avais du mal à m’exprimer. La danse m’a aidé à m’émanciper. Mais le théâtre, ce n’était pas gagné. Je me suis lancée de nouveaux challenges. Je voulais montrer, en partant d’une histoire comme la mienne, que tout était possible. La jeunesse d’aujourd’hui n’a, visiblement, plus le droit de rêver. »

 

« Il ne faut pas être gênés de raconter le succès. » – C’EST TOUT POUR MOI

 

Pourquoi dites-vous que la jeunesse « n’a plus le droit de rêver » ?

Nawell Madani : « Ça coûte cher de rêver. On est dans une société où on ne peut plus rêver. Il faut faire des études qui mènent à quelque chose. J’entends la façon dont on parle aux enfants dans les écoles. Et c’est très dur de vivre. On est obligé d’avoir 10 000 casquettes pour s’en sortir. Mais galérer, ça forge les caractères. Et c’est pas plus mal. Aujourd’hui, je suis actrice, réalisatrice, j’ai monté mon film, je touche à tout. Parce que j’ai galéré. Ça rend multi casquettes.

Mon père rêvait que je devienne avocate ou médecin. Mais c’est parce qu’il se demandait si je pouvais vivre de mes rêves. Il me demandait d’être plus lucide. Je connaissais le potentiel que j’avais. Finalement, mon père ne me connaissait pas. On a toujours cette crainte du regard des proches. On se livre plus facilement aux étrangers. Aujourd’hui, les étudiants ne croient pas en leur avenir alors qu’ils sont au début de leur vie. Il leur faut des exemples. Il ne faut pas être gênés de raconter le succès. Quand j’ai commencé à travailler, je donnais de l’argent à mes parents qui n’arrivaient pas à joindre les deux bouts. »

 

C’EST TOUT POUR MOI – « Je peux enfin vivre de ma passion »

 

Vous montrez aussi que le travail est nécessaire au travail d’humoriste…

Nawell Madani : « Oui. Mais c’est le cas dans tous les métiers. C’est juste que le stand-up, c’est la première fois qu’il est montré au grand écran. On a toujours du travail à fournir. Celui qui ne travaille pas se fait dépasser. J’ai été acharnée. J’ai commencé mon spectacle en 2014. En 2015, j’ai gagné le Globe de Cristal face à Gad Elmaleh et à Florence Foresti. 2016 : je faisais mes zéniths et mes palais des ports. Et en 2017 je sors mon DVD qui est n°1 en VOD, et mon film. Quand on m’a ouvert la porte, j’ai saisi l’opportunité. Je peux enfin vivre de ma passion. Je suis arrivée à Paris pour travailler et non pour m’amuser. C’est le travail qui paye. Tôt ou tard. »

 

C’EST TOUT POUR MOI – « On n’a eu que cinq semaines de tournage »

 

La majorité des acteurs du film sont amateurs…

Nawell Madani : « Oui. 80 % des acteurs sont amateurs. Je pense que la France veut voir de nouveaux visages. Aujourd’hui, on prouve avec Kaïra, Pattaya etc que ça fonctionne. Je pense que le public en a envie. Pour être dans une certaine véracité, il fallait que j’aille chercher des gens qui soient eux-même. Ils se sont défoncés avec moi sur le plateau. On n’a eu que cinq semaines de tournage. On tournait 7 minutes de film par jour. »

 

Le tournage a-t-il été difficile ?

Nawell Madani : « Oui. Je me suis occupée de mon stylisme puisqu’il n’y avait plus d’argent. Pour que le film garde son ADN, je n’ai pas été payée ».

 

C’EST TOUT POUR MOI – « On a beaucoup travaillé »

 

Racontez nous la rencontre avec Mimoun…

Nawell Madani : « Je cherchais un papa avec une soixantaine d’années qui puisse jouer mon père, qui parle un français impeccable et un dialecte algérien. Pendant ma tournée, je prenais des Uber. Quand je m’endormais, les chauffeurs me filmaient. J’ai dit qu’il fallait me trouver un chauffeur fidèle. Un de mes techniciens m’a conseillé son père que j’ai engagé.

Un jour, alors qu’il sortait mes valises de la voiture, je l’ai regardé et je me suis dit qu’il ferait « trop bien mon papa ». J’ai continué à chercher en parallèle. Mais soit les acteurs étaient trop jeunes, soit ils étaient trop petits. Et j’avais besoin de quelqu’un d’imposant. Je suis donc allée le voir en lui demandant s’il voulait jouer avec moi. Il m’a demandé « jouer à quoi ? »… Alors là je me suis dit qu’il allait y avoir beaucoup de travail. Au début il a refusé donc je suis passée par son fils qui l’a convaincu. On a beaucoup travaillé, c’était très compliqué ».

 

C’EST TOUT POUR MOI – « C’était la panique totale »

 

Mimoun, racontez nous ce que vous avez ressenti lors de votre première scène…

Mimoun Benabderrahmane : « C’était la panique totale. Je ne trouvais plus mes mots. Donc je me trouvais des excuses. Je disais qu’il fallait que je boive. C’était la panique. Au départ, quand je répétais, on était que tous les deux. Quand on était plus, c’était tous des amateurs donc je me disais qu’on était tous à égalité. Mais quand je me suis retrouvé sur le plateau…. Je vous garantie, qu’à ce moment là, vous n’êtes pas bien. J’ai dit que ça n’allait pas être possible. Elle m’a emmené en galère. Franchement, j’ai hésité et je me suis demandé ce que je faisais là. Au départ je ne voyais personne. Quand ça a été à moi, j’ai vu 250/350 personnes et les techniciens… »

 

Et maintenant ?

Mimoun Benabderrahmane : « Ça va mieux ! C’est sûr que Nawell a été derrière nous. En cinq semaines, c’est vrai que c’était difficile. Les conditions n’étaient pas bonnes, difficiles. j’avais des engagements, … Mais si ça n’allait pas, que je craquais, elle me disait de faire une pause. Malgré les délais à respecter. »

Nawell Madani : « Aujourd’hui, il n’a plus jamais récupéré sa voiture. Il a une agence, il fait des photos, etc. Avoir une nouvelle carrière à cet âge là… C’est tellement un message d’espoir. Même pour quelqu’un qui a envie d’abandonner. »

 

C’EST TOUT POUR MOI – « On rit, on pleure, parfois on fait les deux. C’est ça la vie. »

 

Pourquoi un film au fond assez triste ?

Nawell Madani : « Parce que les humoristes sont les plus grands clowns tristes. Derrière les bouts en train, ce sont des gens tristes. Ma vie a été comme ça. Des hauts, des bas, … Et on s’ouvre sur scène. C’est un exutoire. Ce sont des thèmes qu’on livre et qu’on résout sur scène. J’aime le passage du rire à l’émotion. On rit, on pleure, parfois on fait les deux. C’est ça la vie. On rit, on pleure, on récupère. Je veux montrer la vérité. Je ne veux pas faire semblant. Les gens ne viennent plus rencontrer des humoristes, il viennent rencontrer des personnalités. Ils veulent passer par pleins d’émotions. D’ailleurs, il y a pleins de comédies qui sortent. Et le public dit qu’elles n’ont pas de fond. Les gens cherchent à être transcendés. Je ne dis pas que c’est facile. Mais tout ce qui est personnel est universel. »

 

Attribuer un rôle à Artus était-il un clin d’oeil à « Couscous c’est nous » ?

Nawell Madani : « Non puisque c’est sorti après. On a tourné le film fin 2015, début 2016. Artus, c’était un acteur amateur, un débutant. Je lui ai proposé de continuer avec moi sur quelques aventures mais c’était avant tout ça. »

 

Retrouvez notre critique et la bande-annonce du film !

 

Redécouvrez notre rencontre en images…

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INTERVIEW

TOUT NOUS SEPARE – Interview du réalisateur Thierry Klifa

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TOUT NOUS SEPARE

« Nous voulions transposer les codes des films noirs dès années 50 à notre société » – TOUT NOUS SÉPARE

 

A l’occasion de la sortie de son dernier film, TOUT NOUS SEPARE, EspritCine est allé à la rencontre de Thierry Klifa. Un polar assez sombre à retrouver dans vos salles le 8 Novembre !

 

Considéreriez-vous votre film comme un polar et quel est son point de départ ?

Thierry Klifa : « Oui, c’est un polar. Un polar romanesque, qui frise aussi avec le mélo, comme souvent dans les films que j’ai pu faire. Le point de départ, c’était d’écrire un personnage d’héroïne de film noir, inspiré des héroïnes des années 50. Je voulais, pour Catherine Deneuve, écrire un personnage de justicière, de guerrière. Une mère qui serait prête à tout pour sa fille. C’est le troisième film que je fais avec elle.

Comme moi, elle adore les films noirs des années 50. Cela nous amusait beaucoup, avec Cédric Anger, de transposer les codes des films noirs à notre société et à notre monde actuel. Nous voulions voir qu’est-ce qu’une héroïne des années 50 ferait face à la voyoucratie d’aujourd’hui. C’était vraiment le point de départ. La première fois que j’ai parlé du personnage à Catherine, je lui ai dit : « Vous savez, si vous me dites non, la seule personne qui peut le faire, c’est Clint Eastwood ». Elle m’a répondu : « Laissez Clint Eastwood où il est, je ferai le film ». »

 

« C’est aussi un film sur les apparences, ce qui se cache derrière le masque que chacun porte » – TOUT NOUS SÉPARE

 

Est-ce que, pour vous, votre film reflète la réalité ?

Thierry Klifa : « Oui, il y a une part de réalité. Je pense qu’il y a quelque chose de très ancré dans une certaine forme de réalisme. Même si chez moi, le romanesque l’emporte toujours sur le naturalisme. Mais oui : c’est une violence à la fois morale et physique. Je ne sais pas laquelle est la pire. Personnellement, je pense que c’est la violence morale. Dans la deuxième partie du film, il y a quelque chose d’expiatoire pour cette femme. La violence morale est présente. »

 

Quel message vouliez-vous faire passer?

Thierry Klifa : « Ce qui m’intéressait, c’était aussi la filiation, la transmission. Cela doit être une obsession puisqu’il en est toujours question dans tout ce que j’ai fait. Du coup, il y a ça en filigrane. Mais il y a un message positif. C’est aussi un film sur les apparences, ce qui se cache derrière le masque que chacun porte. Le masque de la bourgeoisie pour l’une, celui du voyou pour l’autre.

Finalement, on se rend compte que ce qui manque le plus dans notre société, c’est le dialogue. L’échange et la communication. Derrière l’allure sage et bourgeoise du personnage de Catherine Deneuve se cache un passé trouble, une femme qui n’hésite pas à prendre les armes. De l’autre côté, derrière celui de Nekfeu, familier de la violence, se cache un garçon avec une véritable sensibilité, qui espère s’en sortir. Dans mon cinéma, il y a de l’amour, des sentiments et une certaine sensibilité. »

 

« Je voulais échapper à toutes les figures imposées » – TOUT NOUS SÉPARE

 

Diriez-vous que le personnage de Catherine Deneuve est un personnage animal ?

Thierry Klifa : « C’est exactement ça. Elle a quelque chose de très instinctif, de très animal. C’est une mère dans tout ce qu’elle peut avoir de plus naturel. C’est viscéral. Les gens sont très émus par son personnage. C’est aussi parce que c’est Catherine Deneuve qui le joue. Ce qu’on voulait faire passer dans ce personnage, c’est le fait qu’elle soit prête à aller jusqu’au bout. »

 

Que fait la police dans votre histoire ?

Thierry Klifa : « Elle s’en fiche. Un voyou qui meurt, ça en fait un de moins dans la cité. L’affaire est très vite classée. Ils parlent de règlement de compte et ça leur suffit pour fermer le dossier. D’ailleurs le personnage de Nekfeu le dit : « De toute façon les flics sont venus nous voir et ils s‘en foutent. ». Ils ont autre chose à faire et on le voit bien. Ce n’est pas ces dossiers là qui intéressent la police ou les médias.

Je ne voulais pas ajouter de pression médiatique ou policière. Je voulais faire un polar/thriller mais je voulais échapper à toutes les figures imposées. Dans les polars, en France, il pleut, tout le temps. Il fait nuit, tout le temps. Les gens sont de mauvaise humeur, tout le temps. Je voulais faire un film noir au soleil. Et que ce film soit lumineux. Je trouvais cela plus fort : que le danger soit dans la lumière. »

 

« Tous ces gens se côtoient, se croisent, vivent ensemble mais ne se voient pas » – TOUT NOUS SÉPARE

 

Vous avez tourné votre film à Sète et à l’étang de Thau. Pourquoi avoir choisi cet endroit ?

Thierry Klifa : « Ce qui m’intéressait, c’est que, souvent, les quartiers « chauds » sont excentrés. A Sète, la cité de l’île de Thau est collée au centre ville. Le chantier naval où travaille Catherine Deneuve est à 5 minutes de la cité. Tous ces gens se côtoient, se croisent, vivent ensemble mais ne se voient pas. »

 

Y-a-t-il eu un vrai travail d’immersion ?

Thierry Klifa : « Bien sûr ! Vous savez, j’ai été journaliste pendant 10 ans. Et c’est vrai que j’ai pris l’habitude d’ingurgiter beaucoup d’informations avant de faire un film. D‘abord, cela aide à écrire. Les situations vous sont données. On a moins de choses à inventer. Cédric Anger a beaucoup travaillé dessus. C’est un milieu qu’il connaît très bien. On ne peut pas arriver, poser sa caméra, sonner aux portes. Il faut que des gens vous accueillent. C’est un vrai travail de plusieurs semaines. On leur demande leur avis, on fait lire le scénario. C’est important de dire que, dans ces cités, il y a de la vie. Des gens qui pleurent, qui rient, qui tombent amoureux. Après on fait quand même un film noir donc, on y montre forcément de la violence. Mais je ne voulais pas trahir cet endroit. Je souhaitais être le plus respectueux possible. »

 

« Nekfeu m’a tout de suite plu » – TOUT NOUS SÉPARE

 

Pourquoi avoir choisi Nekfeu ?

Thierry Klifa : « Tous les acteurs qui l’entourent viennent de la cité. Mais Nekfeu m’a tout de suite plu. Au départ, je voulais un inconnu ou un débutant. Ce qui s’est passé c’est que je l’ai vu sur la couverture des Inrocks. J’ai trouvé que son visage et son comportement étaient intéressants pour le personnage. C’est l’icône de la jeunesse. Je lui ai donné le scénario à lire. Il m’a dit qu’il était intéressé et on a travaillé ensemble. Je suis le premier spectateur quand j’écris mes films. Je réfléchis à des acteurs. Mélanger l’icône de la jeunesse, incarnée par Nekfeu, avec l’icône éternelle qu’est Catherine Deneuve me paraissait intéressant. »

 

« Catherine a été très impliquée dans TOUT NOUS SÉPARE

»

 

Et qu’en est-il de Catherine Deneuve ?

Thierry Klifa : « J’ai écris ce film pour elle, comme on écrit une lettre d’amour. Si elle ne l’avait pas fait, je ne l’aurai pas fait. Elle a décidé de ma vocation puisque je suis tombé amoureux d‘elle quand j’ai vu Peau d’Âne, comme beaucoup de garçons de ma génération. Elle a décidé de ma cinéphilie puisque j’ai voulu la voir dans d’autres films. Cela m’a permis de découvrir des gens comme Truffaut, Polanski…

J’ai eu la chance de la rencontrer quand j’étais journaliste, puis de travailler avec elle. Et c’est le plus beau cadeau qui me soit arrivé dans ma carrière. Catherine a été très impliquée dans ce film. Je voulais connaître ses réactions. Elle a une vision très globale du scénario. Elle a vu que le personnage de la fille n’était pas très intéressant donc elle nous a aidé à le revoir. S’il avait fallu voter pour un chef d’équipe, je pense que toute l’équipe aurait voté pour Catherine. Sa force, c’est sa curiosité et son enthousiasme. »

 

« Diane a une intensité à la Romy Schneider » – TOUT NOUS SÉPARE

 

Et Diane Kruger ?

Thierry Klifa : « Cela faisait des années que je voulais travailler avec Diane Kruger, que j’adore. Mais elle a souvent eu des rôles très iconiques. J’ai toujours senti chez elle qu’il y avait une intensité, une fragilité, à la Romy Schneider. Mon rêve, si j’avais tourné un film dans les années 70, aurait été de tourner un film avec Catherine Deneuve et Romy Schneider.

Je n’ai pas pu les réunir, mais j’ai fait un film avec Catherine Deneuve et Diane Kruger. Et je trouve que, physiquement, c’est sans doute l’une des filles les plus crédibles de Catherine au cinéma. Elles ont cette blondeur, cette beauté hitchcockienne qui allait bien avec le contexte, et cette même distance par rapport aux situations. Il y a tout de suite eu une complémentarité et cette alchimie entre elles. »

 

TOUT NOUS SEPARE, à retrouver dans vos salles le 8 Novembre !

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