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INTERVIEW

AVA – Interview de la réalisatrice Léa Mysius

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EspritCine a rencontré Léa Mysius, réalisatrice d’Ava, avec qui nous avons pu discuter de son premier long métrage.

 

« Ava est un conte, onirique et romanesque. »

Vous avez tourné dans des lieux qui vous sont familiers puisque vous les avez côtoyés lors de votre enfance. Est-ce parce que vous étiez plus à l’aise ?

« Oui, certainement. J’avais déjà fait tous mes courts-métrages dans la région. Même si je connaissais plus le Médoc que les Landes, il y a quand-même une familiarité entre les deux. Il est vrai que, quand on connait vraiment les lieux, on sait comment les appréhender et les filmer. Alors, forcément, je pense que c’est plus facile, mais je voulais aussi montrer cet environnement particulier. Je trouve que ces paysages ont vraiment un côté à la fois primitif et artificiel qui me plait beaucoup. L’hiver c’est complètement sauvage et, quand on s’approche des stations balnéaires, c’est bondé de gens et j’aime bien cette confrontation. »

Au cinéma, il est assez rare de voir l’intérieur d’un bunker. Pourquoi ce choix ?

« J’ai passé mon enfance sur les bunkers donc je voulais vraiment les filmer. C’est vrai que pour trouver un intérieur encore en état, il a fallu faire tous les blockhaus de la côte, et c’est comme ça que l’on est arrivés dans les Landes. Le bunker a donc un peu décidé de notre lieu de tournage. Il était incroyable, énorme, avec un intérieur dégagé dans lequel on pouvait entrer avec les caméras. »

Ava, votre héroïne, perd la vue. Que vouliez-vous exprimer ?

« Je voulais à la fois que ce soit par rapport à son corps, elle perd la vue et est obligée de développer ses autres sens, et à la fois que ce soit une métaphore de l’ambiance politique, la montée de l’obscurantisme, des votes FN et du racisme. Tout cela inquiète vraiment Ava. Le monde s’obscurcit littéralement autour d’elle. »

Peu à peu, le film change de nature plastique. Les couleurs vives s’opposent aux pales. Cet effet était-il voulu ?

« On a vraiment travaillé pour que l’image s’obscurcisse, qu’elle devienne de plus en plus noire, jusqu’à la fin où on ne savait même pas si on allait avoir une image car on a vraiment sous-exposé la pellicule. Au niveau des couleurs, au début, il y a une très large palette et, petit à petit, que ce soit dans les décors ou dans les costumes, cela devient presque monochromatique. »

Comment décririez-vous votre film ?

« Ava est un conte, onirique et romanesque. Ce n’est pas documentaire ni un film à caractère social, même s’il aborde le monde des gitans. Je voulais épouser le point de vue d’Ava. Au début, on est dans quelque chose de très naturaliste, avec la mer. C’est un film de vacances. Puis, petit à petit, le personnage veut se libérer et le film épouse son point de vue et s’émancipe d’un type de narration classique. »

Au fil de l’histoire, il y a plusieurs plans de narration et d’esthétique. Diriez-vous que la séquence du rêve est un pivot ?

« Oui, et il y a même plusieurs pivot puisqu’à chaque fois, on change de type de narration. La séquence du rêve, dans laquelle on rentre vraiment dans la tête d’Ava, en est un, mais il y a aussi le moment où ils sont couverts d’argile et tirent sur les gens. »

« Je filme le sable, l’eau, les peaux, et je trouve qu’en pellicule, c’est vraiment plus charnel. »

 

Pourquoi avoir choisi de tourner en pellicule ?

« C’était vraiment pour la matière, les couleurs et les noirs, qui sont plus beaux en pellicule. Mais aussi pour tout ce qui est du grain, une image vivante et charnelle puisque c’est un film qui parle de décors. Je filme le sable, l’eau, les peaux, et je trouve qu’en pellicule, c’est vraiment plus charnel. A coté de ça, la pellicule réagit à la lumière. C’est un film qui aborde le thème de la lumière et de l’obscurité. Je trouvais que c’était très cohérent avec le sujet. »

La relation entre Ava et sa mère est très complexe. Que vouliez-vous exprimer ?

« Elles disent toujours tout ce qu’elles pensent, quitte à aller trop loin. Je voulais présenter deux générations qui s’affrontent. La mère est plus libre ce qui indispose un peu la fille, plus conservatrice et fermée. Son trajet est de s’émanciper et, peut-être, de devenir aussi libre que sa mère. Mais, malgré les différents conflits, je voulais qu’on ne soit ni du côté de la fille ni de celui de la mère. »

Filmer des mineurs est très cadré. La nudité de Noée Abita a-t-elle été une source de problèmes ?

« En fait, filmer la nudité de mineurs est possible à partir de 16 ans. L’actrice avait 17 ans au moment du tournage. Il nous fallait donc simplement une autorisation parentale et son propre accord. C’est pour cela que nous voulions choisir une actrice de plus de 16 ans pour le rôle d’Ava. De plus, la nudité est souvent délicate avec les plus jeunes car elles sont généralement plus pudiques. »

Dans ce cas là, pourquoi choisir le personnage si jeune ?

« Je voulais vraiment qu’elle ait 13 et pas 14 ans car, dans la tête des gens, quand on dit qu’une jeune fille a couché à 14 ans, cela parait assez normal. Alors qu’à 13 ans, ils sont toujours un peu gênés. Et je voulais vraiment qu’Ava soit à la lisière de l’enfance. Elle va devenir aveugle donc sa mue adolescente est accélérée. La question, c’est savoir si elle va devenir aveugle avant de devenir adulte. »

Votre film est basé sur le scénario de votre diplôme de fin d’étude. L’avez-vous gardé tel quel ou l’avez-vous modifié et dans quelle mesure ?

« En fait, je l’ai écrit très vite pour mon diplôme. Donc c’était vraiment une première version, même si la structure est globalement restée la même. Il y avait déjà ce trajet. En revanche, le film est assez fidèle au scénario final. »

La fin est assez ouverte. Était-ce un choix ?

« Je voulais qu’ils partent tous les deux, qu’ils éprouvent un sentiment de liberté. Ava est dans le noir total et le premier rayon de soleil éclaire le visage de Juan. C’est le symbole de l’espoir. Elle est amoureuse de lui, et c’est déjà ça. »

 

Découvrez notre critique d’ AVA ICI!

 

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